CULTURE CORANIQUE ET MODERNITE

En temps de crise, notre recours ultime reste la lecture, voire même la relecture. Nous nous dirigeons vers notre bibliothèque et promenons notre regard sur les livres et les encyclopédies, humainement et passionnément arrangés. Cependant, un livre faisait saillie ! Nous ne tardons pas à répondre à son appel... Comment l’homme devint humain. Dans cet ouvrage de Roger Garaudy, sont retracés les moments glorieux de l’histoire de la civilisation humaine. Partant du principe de l’universalité de l’humanisme, Garaudy se dégage

du point de vue européen sur la période qui suit la décolonisation : il avoue que les Grecs, les Romains, la tradition judéo-chrétienne et la Renaissance ne seraient pas les sources uniques de toute culture. Revisitant les pensées de l’Inde, de la Chine, de l’Islam, de l’Amérique précolombienne et de l’Afrique, il s’assigne l’objectif de transformer la perspective de l’histoire. Son point de départ fut un questionnement sur ce qui peut encore enrichir et changer la vie de l’homme vers le meilleur, sur les cohérences tissées entre les hautes civilisations. Embrassant un regard humaniste sur les civilisations du monde, il vise un propos planétaire qu’il nous plaît de partager avec le lecteur : « Ce livre s’adresse à ceux qui veulent participer avec nous à la recherche des occasions perdues de l’Histoire et des dimensions perdues de l’homme. Il n’est pas tourné vers le passé mais vers l’avenir [...] A ceux qui n’ont pas eu le privilège de la culture, il peut apporter le désir d’y être [...], mais il suscitera aussi le désir d’une ouverture, d’une perspective planétaire, d’une solidarité avec les autres civilisations [...] A tous, ces pages s’efforcent de rappeler [...] la mission première de la culture ; changer la vie et en découvrir le sens ». (p. 7) Découvrir, en profondeur, le sens de la vie, mobilise la nécessité de promouvoir le bonheur qui jouxte avec l’amour. Cette quête constitue un pilier dans les civilisations et les cultures ancestrales et connaît une résurgence au XXe siècle dans la pensée occidentale notamment. Les chercheurs explorent les possibles voies du bonheur, garant de la paix de l’âme, non dans l’objectif de rendre la vie de l’homme moderne et contemporain plus aisée, mais dans l’objectif de la rendre meilleure. Aussi changent-ils de paradigme et réinterrogent-ils la paix intérieure telle qu’elle se reflète particulièrement sous forme de gratitude. Il nous importe de repenser cette thèse au croisement de la pensée coranique et de la pensée scientifique occidentale moderne, et il serait judicieux de faire appel à d’autres cultures et civilisations ancestrales. Cette étude se propose de partager, avec le lecteur, l’émerveillement devant le privilège qu’offrent le Coran, les cultures et les civilisations mondiales, quant à l’essence éthico-religieuse de la gratitude, notion autour de laquelle se resserrent les pensées anciennes et la modernité. Pour la finesse et l’agrément du propos sur le Coran, nous nous donnons la tâche de préciser que la présente réflexion ne relève ni de l’exégèse religieuse, ni de la philologie. Découvrir que la science moderne est à même de valider les valeurs éternelles, en l’occurrence la gratitude, dans la perspective des cohérences et peut-être même des convergences des différentes périodes de l’humanité, ne peut que nous rendre avide de connaissance du Coran qui reste tourné vers l’avenir.

I- POINT DE VUE DE L’ISLAM SUR LA GRATITUDE Nous nous référons à la version française du Coran (la traduction de l’islamologue Denise Masson, pp. 823-824), puis nous présenterons l’interprétation de la sourate qui va nous guider vers la sagesse visée : Sourate CVI – Les QURAÏCH A cause du pacte des Quraïch ; de leur pacte concernant la caravane d’hiver et celle d’été ! Qu’ils adorent le Seigneur de cette Maison : Il les a nourris ; Il les a préservés de la famine ; Il les a délivrés de la peur. Au nom de Dieu : Celui qui fait miséricorde, Le Miséricordieux.


Composée de quatre versets, cette courte sourate en dit long sur l’alliance scellée entre l’homme et Allah. Les Quraychites, nous le savons, sont la plus grande des tribus de la péninsule arabique. Lors de la période de la naissance du Prophète Mohamad (PSL), la tribu était gardienne de la Ka’ba et protectrice de la Mecque, lieu de pèlerinage préislamique. Connue pour être aisée, elle entreprenait des activités commerciales : les caravanes voyageaient vers la Syrie, le Yémen, l’Egypte, l’Iran et l’Abyssinie. Chargés de transporter des marchandises en hiver et en été, les Quraychites fuyaient la chaleur du Yémen et se dirigeaient vers la Syrie, visant la fraîcheur du climat. Grâce à eux, vers la moitié du Ve siècle, la Mecque connaissait un essor commercial considérable, mais la prospérité n’était pas sans prix. En cours de route, les caravanes étaient la cible de vols et étaient menacées de faim. Mais le Seigneur les sauva et les ravitailla en vivres. La Mecque était exposée à l’avancée de l’armée d’Abraha l’abyssin qui nourrissait l’ambition de dominer la route commerciale entre la Syrie et la Mecque. La Toute-Puissance du Seigneur finit par infliger un châtiment aux troupes invasives. Au nom du pacte qui unit les Quraychites au Pouvoir du Créateur, garant de sécurité et de paix, un échange de reconnaissance de la part de la tribu est requis. La tribu se doit d’obtempérer à l’injonction divine. Comment ? Adorer Allah, est la voie ; autrement dit, Lui rendre le culte qui Lui est dû. D’emblée, la sourate instaure un mécanisme de relations et d’échange entre le Créateur et les hommes : de la même manière que le Créateur traite les Quraychites, d’une attention affectueuse, il leur est demandé de respecter ce pacte religieux, tout en étant sensibles à la miséricorde et à la compassion. D’ailleurs, l’étymologie du terme religionfait montre de la connexion avec le Créateur :

  • - L’origine latine religare renvoie au schème de liage, au tissage de rapports entre le Seigneur et les êtres humains.

  • - Le verbe religere signifie relire avec soin. Allah invite les Quraychites à revoir avec attention et soin le pacte ou lien au nom duquel Il était à leurs côtés durant les épreuves difficiles. Ils ont remporté la victoire grâce à Son Pouvoir et ȧ Son autorisation. L’espace divin est un espace d’accueil et de refuge, un recours ultime en temps de galère. Aussi, l’homme sans Dieu est-il misérable. Le rappel des dons accordés aux Quraychites émane sous forme d’injonction divine : « Qu’ils adorent le Seigneur de cette Maison ».

Dans ce verset, il y a une part d’implicite qui est digne d’être méditée du point de vue de l’Islam : si l’homme cesse d’adorer Dieu, pense-t-il que Dieu va veiller sur lui, sur sa vie quotidienne et sur son bonheur, en permanence ? Donner et recevoir sont deux actes partagés entre le Créateur et la créature. Le Créateur sait que l’homme, si imparfait soit-il, éprouve le besoin d’un soutien permanent. Adorer le Créateur consiste dans la gratitude qui est une manière de se référer constamment à la Source sacrée des bienfaits et du salut. Conscientisation divine ȧ la gratitude La sourate en question sensibilise les Quraychites ȧ la gratitude selon les étapes suivantes :  L’énumération des exploits humains réalisés avec l’appui du Tout-Puissant.  Le rappel du pacte en vue d’amener l’homme à apprécier la générosité divine.  L’énumération des dons divins. Conditions de la manifestation de la gratitude de la part des hommes La sourate Les Quraïch réveille en l’homme la faculté d’être naturellement enclin à l’adoration d’Allah. Se pencher vers la gratitude serait à même d’assurer une meilleure connexion avec le Créateur et de générer le bonheur promis. D’après les versets, l’adoration d’Allah mobilise les facultés suivantes dans la perspective de la gratitude :

  •  L’émotion : le cœur humain est appelé à être entièrement ouvert à Dieu en signe de confiance en sa miséricorde.

  •  L’esprit : il est à même de définir Dieu au travers de la re-connaissance.

  •  Le sensible : se servir du pouvoir du mot et citer les bienfaits puis se mettre à s’en souvenir en permanence. Dimensions de la gratitude L’actualité et l’universalité de la sourate Les Quraïch émanent de son aspect multidimensionnel :

1- Une dimension émotive : les versets suggèrent une disposition particulière du cœur et de l’esprit à l’égard d’Allah. Se savoir bon gré d’être reconnaissant des indices d’affection divine vis-à-vis de l’homme, relève de la gratitude. Cette attitude est signe de respect et d’affection chaleureuse, voire même une adoration. L’adoration convie à transcender l’égoïsme et à expérimenter un amour intense. Elle est un honneur rendu au Seigneur, un culte authentiquement ressenti lorsque le cœur vibre à la fréquence divine qui est une pure lumière.

2- Une dimension éthique : la fidélité au Bienfaiteur est érigée en principe de mutualité. Recevoir et rendre en échange, s’équivalent. Etre reconnaissant au pouvoir divin éveille la sympathie humaine à l’égard du divin, et signifie le fait de se mettre au diapason divin, de plaire à Dieu. La réciprocité et le partage instituent une relation, une façon d’aller vers Dieu, une rencontre entre l’homme impuissant et le Créateur. Etre gratifiant est une posture noble, une manière d’être conscient de sa présence et de son soutien.

3- Une dimension communicative : la sourate mobilise une stratégie communicative interactive. En effet, manifester de la gratitude est un acte qui établit une zone de contiguïté entre l’émetteur et le récepteur, et qui convie à repenser les relations verticales et horizontales. C’est une condition d’agrément établi entre deux parties, un arrangement en faveur du partage d’affection et de dévouement. 4- Une dimension socio-économique de l’échange et de la dette:comment parvenir à connaître Dieu sinon par l’expérience de ses dons ? La sourate cite trois expériences qui amènent au discernement de la valeur de ses bienfaits : la prospérité, l’abondance et la sécurité. Elle institue le principe de la re- connaissance des faveurs présentées, de l’appréciation du geste et de sa valeur. 5- Une dimension juridique et administrative : le fait de témoigner de sa bonne foi surpasse le simple fait verbal ou gestuel du remerciement. Lorsque le Seigneur exige que les Quraychites Lui soient redevables, alors Il engage les questions de droit, de justice, d’organisation et de hiérarchisation des relations.

6- Une considération épistémologique : au travers du style itératif « Il les a», la relation avec Dieu passe du niveau de la connaissance intuitive à la connaissance et ȧ la reconnaissance par le moyen de l’expérience sensible de la victoire et de la protection. La répétition vise à ne pas oblitérer la rudesse des épreuves auxquelles les Quraychites ont fait face, mais à rappeler que l’intensité des dangers suscite une plus forte protection divine. La sourate édifie l’art de bien voir et de discerner le bien du mal.

7- Une dimension énergétique : au moment où la volonté humaine se manifeste dans son état d’alignement à la volonté divine, le miracle de la protection peut advenir. Et pour attirer constamment cette bénédiction divine, il faut la mériter d’abord. Adorer Dieu implique à être sensible à sa générosité et à sa bienveillance. Lorsque la sensibilité aux dons divins ouvre une brèche, la brèche est pratiquée dans le cœur et elle prépare l’esprit à connaître Allah et à découvrir le comble de sa compassion. L’esprit n’est prêt à cette découverte qu’au moment où le cœur l’accueille d’abord. C’est ainsi que l’on considère deux jumeaux, le cœur et l’esprit, étant donné que du point de vue énergétique, leurs vibrations électromagnétiques se répondent les unes les autres.

La gratitude, c’est donc la grâce qui renvoie à la bonne foi. C’est une vertu vivement recommandée en Islam et exprimée à différents degrés, par ordre croissant d’intensité :

  • - Le remerciement à Allah لله الشكر : il est éphémère et instantané et il peut relever de la courtoisie.

  • - La louange à Allah لله الحمد : elle est d’un caractère plus général que le remerciement. Elle est profonde et elle dure dans le temps.

  • - La gratitude envers Allah لله الامتنان : elle engage la grâce souvent citée dans le Coran et engage l’émotion de l’homme, voire même la totalité de son être. La gratitude se manifeste lorsque le remerciement et la louange sont insuffisants à véhiculer la reconnaissance. Avec sagacité et sagesse, l’Islam prescrit un protocole pour pratiquer la gratitude et l’ériger en un principe qui s’incruste dans le tissu de la vie quotidienne. A considérer chaque bienfait, si minimal soit-il, l’éducation coranique invite à porter une attention sur ce qui comble l’homme, plutôt que sur ce qui lui manque ; sur ce qui l’émerveille, plutôt que sur ce qui le déçoit.

II- POINTS DE VUE D’AUTRES CULTURES ANCESTRALES ET MODERNES L’acte de gratitude dépasse le remerciement en intensité et en profondeur. Plusieurs observations liées à l’attitude positive de l’émetteur et du récepteur méritent d’être retenues dans la perspective de changer de paradigme et de ne pas considérer la puissance divine comme acquise : 1- Une lecture approfondie de la sourate Les Quraïch nous renvoie à la pyramide d’Abraham Maslow, laquelle configure les besoins humains sous une forme hiérarchique. Nous reprenons un à un les besoins puis nous verrons comment les versets illustrent la dynamique de l’abondance :

  1. a) Les besoins physiologiques : la sourate en question fait la part à l’assouvissement des besoins des Quraychites : « Il les a nourris ; Il les a préservés de la famine ».

  2. b) Le besoin de sécurité : l’homme éprouve le besoin de grandir dans un environnement paisible. La sourate mentionne bien cette faveur : « Il les a délivrés de la peur ».

  3. c) Les besoins d’appartenance et d’amour : la marque d’amour divin pour les Quraychites se laisse insinuer par l’anaphore«Il les a». La répétition consigne l’appartenance des bienfaits au Créateur. Tout se ressource à Lui. Allah comble les hommes de grâce et leur montre qu’Il veille sur eux.

  4. d) Le besoin d’estime : tout comme le Créateur considère avec estime les créatures, il leur est demandé en échange d’apprécier l’apport divin avec attention, confiance et vénération.

  5. e) Le besoin d’accomplissement de soi : témoigner sa déférence à l’autorité divine émerge essentiellement du pacte établi. Cette posture enclenche le processus de libération de l’égoïsme et incline l’homme gratifiant à l’épanouissement individuel et à la prospérité.

2- La gratitude est une valeur qui relève d’une considération psychologique. Elle s’inscrit dans le domaine de la Psychologie Positive: c’est un champ d’étude récent (il date de 1998) qui examine la manière avec laquelle l’individu accède au bonheur et au bien-être, contrairement à la Psychologie traditionnelle qui s’arrête sur les sources des problèmes. La sourate Les Quraïch semble illustrer les principes de la Psychologie Positive en ce que la gratitude est au cœur même de cette science moderne. En effet, la sourate se sert du langage (oral / écrit) pour énumérer en trois moments les dons divins, en guise de constant rappel à l’homme de la grâce divine. Mener une vie réglée par la gratitude demande à intégrer cette vertu dans le cerveau, le cœur et la vie quotidienne, jour après jour. Ainsi, l’énumération se transforme en une habitude que l’homme gratifiant contracte en signe d’estime et d’adoration pour le Tout-Puissant. L’Occident a saisi cette vérité et l’a érigée en une science. Les chercheurs mesurent l’effet de la gratitude sur la psychologie grâce à différents mécanismes. Ainsi, dédier un journal ou un carnet à la gratitude et citer trois actions positives, puis noter des ressentis qui s’en suivent, mobilise le pouvoir de la mémoire et la puissance de l’émotion dans la manifestation de la reconnaissance. De même, ils animent des ateliers où l’on s’exerce à cultiver la gratitude sur une période qui s’étale sur 21 jours, pour la transformer en une habitude quotidiennement pratiquée. La conception divine de la gratitude consiste en une pratique transformative de la vie de l’homme, ce qui requiert une disposition d’esprit (mindset) et une disposition du cœur (heartset) toutes particulières. Vivre jour après jour tout en se focalisant sur le présent, contribue à apprécier le miracle du moment présent. Dans ce sens, les temps verbaux méritent un moment de réflexion. Le verset « Qu’ils adorent le Seigneur de cette Maison » comporte un verbe de commandement, de prière, au présent. Le verset suivant rappelle, au passé-composé, les bienfaits divins, c’est que l’homme n’a d’emprise ni sur le passé, ni sur l’avenir. Il n’a pas à regretter le passé, ni à se contenter des trésors passés parce que rien ne dure. Mais il peut s’approprier le moment présent qui recèle une puissance infinie : la manière avec laquelle on se met à vivre le moment présent, a une incidence sur l’avenir. Le présent renferme, implicitement, une valeur prospective. En 2018, le Greater Good Science Center mène des recherches sur l’impact de la gratitude sur le fonctionnement cérébral : Lorsque le cerveau ressent de la gratitude, les parties du cerveau qui sont activées comprennent le cortex pré-frontal médial ventral et dorsal. >> Ces domaines sont impliqués dans les sentiments de récompense (la récompense lorsque le stress est éliminé), la moralité, les liens interpersonnels et les interactions sociales positives, et la capacité de comprendre ce que les autres pensent ou ressentent. La gratitude a également la capacité d'augmenter les substances neurochimiques importantes. Lorsque la pensée passe du négatif au positif, il y a une flambée de produits chimiques de bien-être tels que la dopamine, la sérotonine et l'ocytocine. Tout cela contribue aux sentiments de proximité, de connexion et de bonheur qui accompagnent la gratitude. » Il s’ensuit que la pratique quotidienne de la gratitude l’optimisme renforce la capacité d’attention aux choses positives. Dans le monde ici-bas, faire prévaloir la relation avec Allah sous forme de prière, dont la gratitude est une expression, confère à l’homme la possibilité de co-créer sa vie.

3 - a) L’homme développe une conduite basée sur la modestie, la patience et la résilience crée une assurance et diminue le pessimisme. Au travers de la sourate Les Quraïch, transparaissent deux vertus :

  • La vertu du travail : un rapport de compatibilité se tisse entre le travail et le respecter le bienfaiteur et ses dons amène à consolider les relations et à développer une attitude altruiste. En 2010 et en 2017, des expériences menées pendant des années sur la pratique de la gratitude et son impact sur le comportement collectif, démontrent que cette vertu engendre une économie d’échange et de coopération, assure un bon gain financier et renforce la solidarité bien-être.


  • La vertu de la motivation : la sourate suscite un enjeu lié à la gratuité de la gratitude, cet aspect le plus sublime qui soit dans le rapport de l’homme au Créateur. Mais le divin est conscient de la nature humaine et de son vœu de belles promesses et de récompense.

b) Les expériences scientifiques valorisent la pensée coranique sur la vertu ; nous y voyons un aspect de la rencontre des civilisations. Les manifestations de gratitude dans les cultures se diversifient en mécanisme et en processus ancestral hawaïen, le ho’oponopono, signifie le fait de construire l’action sur la le pouvoir prophylactique de l’adoration gratifiante traverse les cultures. Ainsi le rituel bonté, la bienveillance et l’harmonie. C’est un rituel de pardon et d’harmonie qui se déploie en quatre mots dont la forme élémentaire de la gratitude, à savoir le renforce le sentiment de paix, remerciement : « Désolé, Pardon, Merci, Je t’aime ». Il est remarquable de voir que le remerciement est suivi de la capacité d’amour.

La pensée extrême-orientale regorge de techniques qui valorisent les vertus. Ainsi, l’Ikigaï est un concept japonais qui se traduit par la raison d’être et la joie de vivre, il favorise la gratitude comme une éthique d’être et d’agir. L’une des règles de base de cette pensée est la capacité d’être reconnaissant à la vie, à ce qui rend la vie agréable. Que retenons-nous de la sourate Les Quraïch ? Qu’est-ce qui forme la raison d’être de l’homme ? Le seul labeur ? Les seuls bienfaits divins ? Ou bien le pacte qui engage un amour bilatéral, un échange et une reconnaissance ? Quel serait l’Ikigaï de l’homme, sinon la gratitude par laquelle se subliment d’autres raisons de vivre, si secondaires soient-elles ?

L’espace de cette étude n’autorise que quelques réflexions hâtives. La gratitude se réserve sa place dans les arts, en musique et en peinture. Ainsi, à Lavaltrie au Canada, la bibliothèque municipale a accueilli une exposition de l’artiste Suzanne Labrosse qui exprime la gratitude à la nature. Les valeurs sont inhérentes à l’art.

Cette thèse est digne d’être revisitée à la lueur de la gratitude. Bref, repenser les valeurs culturelles dans le Coran à l’ère de l’universel et à la lueur de la modernité, autorise la rencontre avec d’autres modèles de la pensée humaine, et convie à ne pas rater les possibilités d’apprécier le don : « Il n’y a de véritable dialogue que lorsque chacun est convaincu qu’au départ qu’il a quelque chose à apprendre de l’autre [...] que l’autre homme, c’est ce qui lui manque pour être pleinement un homme », (p. 335 Garaudy).

À l’issue de cette analyse, nous nous permettons une recommandation à l’ICESCO dans le cadre de la préservation des valeurs universelles de l’Islam : Puisse la glorieuse Organisation célébrer chaque année la Journée Internationale de la Gratitude يوم الامتنان العالمي, non pas à l’image du Thanksgiving, mais au travers de la mobilisation des institutions culturelles, artistiques et académiques, en vue de baptiser la Gratitude comme une Culture Coranique avant-gardiste, et de fructifier, en son honneur des ateliers, des expositions et des recherches pluridisciplinaires et interdisciplinaires ! Eriger la vertu en une culture et saisir son aspect pratique, serviront l’intégration citoyenne, le développement durable de l’individu et des sociétés.

Dima HAMDAN





Références

GARAUDY Roger, Comment l’homme devint humain, Editions J.A., Paris, 1979. LE CORAN, Traduction vers le français par Denise MASSON, Edition revue par le Dr. Sobhi El-SALEH (Vice-Président du Conseil Supérieur Islamique et Pr. à l’Université Libanaise), Edition Dar Al kitab Allubnani, Beyrouth, 1985. ALBERTI Olympia, Petit éloge de la gratitude, Editions Les Pérégrines, 2021. - Sitographie https://content.lesaffaires.com/LAF/lacom/experience_of_gratitude.pdf RESEARCH ARTICLE The proximal experience of gratitude Kristin Layous1 *, Kate Sweeny2 , Christina Armenta2 , Soojung Na3 , Incheol Choi3 , Sonja Lyubomirsky2 1 Department of Psychology, California State University, East Bay, Hayward, California, United States of America, 2 Department of Psychology, University of California, Riverside, Riverside, California, United States of America, 3 Department of Psychology, Seoul National University, Seoul, South Korea Editor: Brock Bastian, University of Melbourne, AUSTRALIA, Published: July 7, 2017 https://www.cairn.info/revue-etudes-2010-12-page- 667.htm#:~:text=Comme%20la%20gratuit%C3%A9%2C%20la%20gratitude,et% 20au%20surcro%C3%AEt%20du%20don. https://arab.org/fr/blog/the-science-of-gratitude/ https://guardianlv.com/2014/08/study-saying-thank-you-is-a-cornerstone-of- civilization/ https://www.positiveyou.co/qu-est-ce-que-la-psychologie-positive/

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