CULTURE, CRISE ET CONSCIENCE

Crise et Culture sont deux concepts qui se repoussent mutuellement : alors que l’un est de nature exclusive, l’autre est de nature inclusive. déterminants politiques n’est pas chose évidente, parce que toute culture est façonnée par l’identité politique et est secouée par le tangage de l’Histoire. L’idéal est que l’État et le citoyen puissent, en tandem, défricher le terrain culturel. Penser les rapports humains


en matière de culture, revient à créer le changement positif dans la conscience pour une re-gestion des ressources humaines et des ressources penser la culture hors de ses économiques. se doit de repenser la position prééminente de la culture, ce qui implique à reconsidérer ses enjeux anthropologique et existentiel. Le citoyen est plus qu’un simple consommateur, du moment qu’il se sert de son droit humain pour d


evenir acteur-créateur et décider de s’engager dans la culture, ce pacte qui unit le public et l’œuvre culturelle. La qualité de la culture forme un tropisme autour duquel fonctionne une société déchirée par les conflits. Dans un pays en crise, la culture est telle que le citoyen, à l’image de l’artiste, devient « embarqué bon gré mal gré dans la galère de l’histoire » (Extrait du discours d’Albert Camus, lancé à Stockholm au sujet du rôle de l’artiste). Ce contexte m’emporte d’emblée vers le Moyen-Orient, en l’occurrence le Liban entre hier et aujourd’hui, où la culture est à la merci de la vie politique. Que devient la réalité culturelle dans un pays où la tension va crescendo ? Quelles possibilités de diffusion et de circulation de la culture s’offrent-elles au moment où la paix est dans l’impasse? Comment la crise au Liban constituerait-elle une opportunité de s’éveiller à soi-même et de penser de nouvelles formes


et expressions culturelles? Quel serait leur impact sur la croissance individuelle et sociale ? Deux conceptions de la culture rendront compte de ces questions : une conception éthico-esthétique qui articule la culture à l’art, et une conception ethnographique (Morin) qui joint la culture aux manières de vivre, aux pratiques renouvelées de la société, compte tenu du rôle de la société civile dans sa coopération anthropo-socio- avec le secteur public et le secteur privé.

Cette réflexion considère la crise comme une opportunité donnée en vue de se remettre en question, de secouer la conscience collective et d’évaluer l’émergence de nouveaux besoins culturels, seuls à même de ramener le citoyen libanais à lui- même et de rendre au Beau sa vigueur. Le paysage socio-culturel libanais : des généralités Pays multicommunautaire, le Liban est un territoire d’accueil et de cohabitation entre 18 communautés. Cette diversité d’appartenances est une opportunité qui favor


ise l’échange culturel et l’élargissement des rapports humains. Le Liban est un espace de rencontre et de croisement des civilisations et il donne du relief à sa culture nationale. Chaque communauté se plaît à développer sa propre réalité culturelle et à la partager avec d’autres communautés dans le sens de l’échange, du mélange et de la coexistence. Il n’est pas étrange que le territoire libanais, malgré les bouleversements politiques qui le secouent, puisse amener les bons élans à développer une réalité incrustée d’une mosaïque de cultures. Depuis la déclaration de la guerre civile le 13 avril 1975, guerre qui s’est déroulée jusqu’à 1990 sous de multiples facettes, fréquences et intensités, le Liban est aux prises avec des forces qui le dépassent, et il reste jusqu’aujourd’hui un autel où la paix, im


molée, s’efforce de renaître à elle-même. Il traverse actuellement la crise de toutes les crises, notamment depuis la révolution du 17 octobre 2019 jusqu’à nos jours. prioritairement L’État libanais œuvre à protéger et à consolider les liens avec l’étranger, à communiquer la culture libanaise, intellectuelle, artisanale et artistique ; à promouvoir la langue arabe qui est la langue officielle du Liban et donc de la culture du pays, à faire connaître l’Histoire du Liban et à ratifier des traités portant sur les échanges et les missions culturels. a prospérité et l’avenir de la culture suscitent des interrogations sur les fondamentaux dans un paysage social qui devient de plus en plus dramatique : La consécration de la hiérarchie sociale due à l’inflation économique qui semble ne pas avoir de fin et qui prépare une perspective d’avenir incertain : si la culture


est un droit pour tous, or tous les Libanais n’ont plus actuellement accès à l’éducation ni à la culture. Ces deux secteurs vitaux sont inaccessibles à plus de 60% de la population. La vie devient gérée par priorités, et la priorité de la majorité des Libanais est de survivre à la précarité totale. Dans son récent rapport sur la paix et la sécurité au Liban, l’UNICEF mentionne que « La crise prive les adolescents et les jeunes de la stabilité qui est si importante à leur âge, alors que cela devrait être le moment pour eux de se concentrer sur leur apprentissage, leurs rêves, leur avenir », (propo


s de la Représentante par intérim du Fonds des Nations Unies pour l'enfance au Liban, Ettie Higgins). Plus de 4 jeunes sur 10 au Liban ont réduit leurs dépenses d'éducation pour acheter de la nourriture de base, des médicaments et d'autres articles essentiels, et 3 sur 10 ont complètement arrêté leurs études, indique le rapport – Searching for Hope. Dans le même contexte de vie déchirée, lorsque l’accès à l’éducation et à la culture est possible, quoique difficilement, les jeunes ne manquent pas d’enthousiasme pour participer au processus du développement durable. A titre d’exemple, une vingtaine d’écoles, au Liban nord notamment, ont participé à la compétition internationale de développement durable « The Earth Prize », parm


i plus de 500 établissements scolaires dans le monde entier. D’autres écoles, réparties sur tout le territoire libanais, prennent part à la conscientisation écologique des étudiants et du personnel enseignant. La faisabilité des projets de coopération nationale et internationale, l’application des traités culturels ratifiés et les subventions réservées à la culture au Liban, récemment déclaré en faillite (en avril 2022), suscitent des questions sur la possibilité de poursuivre le processus du développement durable. Le déclin total ne fait que limiter les investissements étrangers. Dans le secteur privé et dans le secteur public, ce sont l’effervescence des citoyens et les initiatives des grands et des jeunes qui comptent, en l’


absence d’une infrastructure et d’un dialogue socio-économique qui auraient pu être vivement concernés par l’opération du développement durable. Il faut noter que la France n’a pas cessé de soutenir le Liban dans le contexte de la conjoncture économique qui s’avère de plus en plus défavorable à la réforme totale. Son appui est en faveur de l’éducation, de la promotion de la culture et de la préservation du patrimoine historique et du patrimoine naturel. Le peuple libanais vit d’une manière particulière la situation de conflits. La mentalité libanaise, voyageuse par nature, est ouverte à de nouvelles initiatives cultu


relles. La culture s’impose comme une urgence et comme une échappatoire à la dégénérescence, elle sert à contrebalancer les affres de la crise. Le citoyen est guidé par la tendance à la liberté et à la sagesse du vivre-ensemble, par l’appartenance citoyenne et par le vœu de rendre à la cité le désir de survivre. Il est mû par le besoin de défense et le vœu de progrès. Passionné pour la vie, il reste enfiévré par le besoin de reconstruction, de modernisation et de préservation des valeurs et des traditions. Ce souffle positif se réverbère sur les faïences de la culture. Education et patrimoine culturel Sous la paix et sous la guerre, la culture au Liban ne finit pas de se manifester. Les blessures de l’Histoire ne font qu’augmenter l’appel à la culture, appel soutenu par la loi et le secteur éducatif. Les années 1950-1960 constituèrent l’âge d’or du Liban, âge du rayonnement international de la culture libanaise grâce à l’inspiration, aux talents des musiciens (les Rahbani), des artistes, des folkloristes, des chanteurs (Fairouz, Sabah, Wadih Safi, entre


autres), et grâce au régime démocratique qui favorisa la liberté d’expression, comme l’expression théâtrale (le théâtre critique du célèbre Chouchou, à titre d’exemple). A cette époque, le Liban connut une paix paradisiaque telle que l’épanouissement fit de lui une exception culturelle au Moyen-Orient. Son éclat national et régional, augmenté d’une auréole internationale, fut accompagné d’un essor social et économique et il mérita de devenir un pôle d’attraction de l’Orient et de l’Occident, pôle autrefois baptisé la Suisse d’Orient. Il faut noter qu’à cette époque, la culture fit partie intégrante de l’éducation. L’État confiait aux institutions scolaires, publiques et privées, la sensibilisation à la culture qui était en plein essor. Les artistes étaient mobilisés pour exprimer le vœu de paix, de prospérité et pour générer les valeurs de progrès et d’ouverture. Or, la guerre civile eut un impact sur l’évolution du pays : construire et grandir jusqu’à l’expansion de l’identité nationale devient impossib


le. Les tensions freinent la possibilité de progresser. Les tentatives de redressement semblent vouées à l’échec. Le schème de la discontinuité définit un état de développement non assumé. Toute crise impose une rupture et il faut recommencer la vie à neuf. La culture génère la croissance sociale et économique. Mais si elle peine à exister dans un environnement fort tendu, alors quel sera son destin? L’appel à la culture grandit au lieu de s’étioler. C’est le secteur éducatif qui continue à protéger la culture dans l’i


ntention de répondre aux aspirations du peuple et de garder la mémoire du Liban par voie de transmission aux générations. Les revendications publiques quant au droit de tous les citoyens à l’éducation et à la culture ne peuvent que consolider les liens entre ces deux secteurs. Ainsi, un regard rétrospectif sur l’Université Libanaise, la plus grande institution académique du Liban, révèle la volonté de tout un peuple d’accéder à ses droits, à l’information, à la connaissance, à la culture et à l’éducation. C’est l’Université publique qui répond aux aspirations de la population : « L’idée de fonder l’Université Libanaise a vu le jour, pour la première fois, le 11 décembre 1948 à Beyrouth, lors d’un discours prononcé par l'ancien ministre des Affaires étrangères, Hamid Frangié, à l’occasion de la cérémonie de clôture de la troisième Conférence de l’UNESCO : Le Liban espère voir dans ce lieu une université libanaise dont l’esprit reflète celui de l’UNESCO» annonce-t-il ce jour-là. La création de l’Université Libanaise est le résultat, dès le 23 janvier 1


951, de grands mouvements estudiantins et populaires accompagnés d’une série de grèves générales auxquelles ont participé des étudiants et universitaires [...]. Ces mouvements ont donné lieu, par ailleurs, à des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ce qui a contraint le gouvernement à se réunir le 5 février 1951. »


Les principes et la stratégie de base de l’Université Libanaise cadrent avec les objectifs de l’UNESCO: les sciences, l’éducation, la communication et l’information sont mis au service de la diffusion de la culture de la paix et de l’émancipation du dialogue interculturel. Depuis sa fondation, l’Université Libanaise était un foyer de l’ouverture culturelle. Eu égard à l’importance historique du Liban, pays détenteur d’un patrimoine culturel et d’un héritage spirituel riches, ayant foi en sa vocation civilisatrice, l’Université Libanaise fut la première institution académique à introduire depuis dix ans dans son cursus universitaire, un Master professionnel portant sur La Médiation culturelle : c’est un d


omaine d’étude de natures pluridisciplinaire et interdisciplinaire, dont l’objet est l’analyse des productions et des ressources culturelles, de la conception et la gestion des actions culturelles, de la maîtrise des techniques de rédaction et de communication au service de la promotion et de la diffusion de la culture, de l’industrie culturelle, des politiques culturelles, du management culturel, de l’Édition, du livre, du théâtre, du cinéma, du patrimoine, des musées. Le but est de renforcer les liens avec l’environnement culturel, et de créer de bonnes conditions de rencontre entre le public et l’œuvre culturelle. Renforcer le pouvoir public par les manifestations


artistiques en quête de la démocratisation culturelle est le propre des acteurs culturels et des vétérans de la culture. Ce diplôme favorise l’étude de la culture en tant que secteur indépendant et bénéficie des partenariats signés avec les universités et institutions culturelles à l’étranger. Des conférences, des ateliers et des projets ont lieu en dehors des murs de l’université, sur des sites publics; ils contribuent à l’intensification de la cohésion intercommunautaire. L’Université Libanaise s’engage dans des questions qui relèvent de la citoyenneté, comme la mobilisation écologique en faveur de locaux sans tabac et en faveur du recyclage de papiers. Un autre exemple concerne la mobilisation des étudiants pour venir en aide aux sinistrés de l’explosion du 4 août 2020, sachant que plusieurs sites de l’universit


é ont connu une étendue des dégâts, mais la volonté de survivre au terrorisme l’emporte par-dessus tout. En effet, des professeurs et des masterants – toutes confessions confondues – les uns sont spécialisés dans le domaine de la conservation du patrimoine, et les autres sont spécialisés en archéologie et en muséologie - se sont engagés dans une mission de sauvetage du patrimoine mobilier de Beyrouth à la suite de l’explosion du 4 août : l’équipe a pu sauver plus d’un millier d’objets d’art


provenant des anciennes demeures détruites. D’autres équipes se sont chargées de s’associer aux citoyens au service du balayage et du nettoyage des quartiers affectés par l’explosion des encombrants, par les vitres cassées et les murs démolis. Au Liban et d’une manière générale, le secteur éducatif se porte garant des mentalités, des valeurs et des traditions libanaises. Une lueur d’espoir soutient la culture, voire même l’éducation à la culture. Les programmes scolaires et universitaires renferment des cursus réservés à l’art, aux pratiques artistiques, à la créativité, au sport, aux incursions touristiques et aux visites des musées. Des instituts des Beaux-Arts, des facultés des Arts, des salles de théâtre, des soirées, des spectacles et des évènements culturels se déploient sur le territoire


libanais. Aux années 90, l’accord de Taëf qui mit fin aux conflits, consacra le rôle du secteur éducatif dans la transmission culturelle des valeurs et traditions et dans la formation des talents, tout en préservant le caractère démocratique du Liban. Les principes et objectifs généraux de l’Education au Liban précisent que les nouveaux programmes d’enseignement « se proposent de développer la personnalité du libanais en tant qu’individu, en tant qu’élément productif d’une société libre et démocratique, en tant que citoyen obéissant aux lois et aux principes qui fondent l’existence de la patrie. Ces programmes satisfont égalem


ent aux impératifs dictés par la volonté d’édifier une société évoluée et cohérente, où les citoyens vivent unis dans un climat de liberté, de justice, de démocratie et d’égalité. » Les nouveaux programmes visent à concrétiser les dimensions intellectuelles et humaines basées sur la liberté, la justice, la démocratie, l’ordre moral et le patrimoine spirituel qu’il faut préserver. La réforme est au service de « l’attachement à la culture nationale et à l’ouverture aux autres cultures, aux valeurs humaines et à la modernité, cet attachement constituant une participation active à ces cultures et une source de développement et d’enrichissement mutuels. » Ils visent à concrétiser des Dimensions sociales. L’éducation constitue


une priorité nationale : c’est un droit dû à tous les Libanais. La formation du citoyen est consolidée « par la pratique des activités culturelles, sociales, artistiques et sportives dans la limite des moyens de l’individu et de ses désirs. Elle est également renforcée par l’introduction de l’éducation civique (et morale), écologique (démographie et urbanisme compris), sanitaire (et familiale) dans les programmes d’études correspondants aux divers cycles de l’enseignement. » A part le Ministère de l’Education Nationale, les Ministères de la Culture, de l’Information et de la jeunesse et des sports prennent part aussi aux affaires de la culture, créent des espaces culturels et travaillent à la gestion des projets culturels, à la préservation du patrim


oine et à l’organisation d’expositions de livres à l’internationale. A titre d’exemple, le Ministère de la Culture appuie la réouverture, en 2017, de Hammana Artist House (Hammana un village de la montagne libanaise qui a inspiré Alphonse de Lamartine), rénové et réaménagé en la présence d’artistes et du Collectif Kahraba, chargé de la mission de propagation de l'art dans toutes les régions libanaises. Les artistes ont foi dans la capacité de l’imaginaire, de l'art et de la culture pour améliorer le mond


e. D’autres services sont chargés de culture, à savoir la Direction Générale des Antiquités, le Service de la Bibliothèque nationale, le Service des affaires culturelles et des beaux-arts, le Conseil national pour le développement du tourisme, la maison de l’artisanat libanais, la Science et la Culture et la Commission nationale des musées. Autant de formes et de projets culturels irriguent la société libanaise même en pleine tension. Le Liban, comme d’autres pays, était assujetti à une longue période de confinement, comme d’autres pays d’ailleurs. Or, ce cavernage – si nous pouvons nous exprimer ainsi - n’a pas empêché les Libanais de faire montre de leur passion pour la culture, pour les arts du spectacle, pour les concerts et les rencontres dans les festivals du livre. Le redressement n’est pas impossible, pour peu que les Libanais sachent transformer les épreuves vécues en une aubaine


, en une nouvelle occasion de ramener la vie à elle-même. Le tout serait de mobiliser la totalité de l’individu. Les Libanais n’ont pas tardé à saisir cette sagesse qui est inhérente à leur environnement.

Pour une nouvelle écologie culturelle et holistique


Sous la crise, la culture est un recours majeur. Les citoyens exigent que la culture retentisse avec les vœux de l’âme collective, avec les besoins de la cité, besoins qui dépassent les loisirs et les exhibitions culturelles des artistes. Dans un contexte de violence et de menace quotidienne, il est demandé à la culture de répondre aux aspirations des citoyens, et de définir ce qui manque au peuple pour préserver le vivre-ensemble, le mélange et la sérénité. La culture se voit chargée de nouveaux déterminants existentiels : «Les idées, les théories n’existent pas en dehors de la vie mentale qui les anime. Elles ont besoin d’être sans cesse régénérées, re-générées. » (Edgar Morin, La méthode 2. La vie de la vie, Paris, Seuil, « Points Essais », 1980, p. 85). Depuis plus d’une trentaine d’années, le Liban connaît un nouvel esso


r culturel. Comme il est difficile de changer la réalité extérieure, amère et endolorie, le citoyen saisit la sagesse de se transformer lui-même, au niveau individuel d’abord. Un nouvel élan culturel, que nous qualifions de latéral, se développait parallèlement à la culture qui est de nature esthétique. Cette culture latérale porte sur la science de la conscience : c’est une culture parallèle où transperce une séparation d’avec la politique et l’Histoire. Elle fut introduite au Liban grâce à la société civile, et ce n’est que tardivement que le secteur éducatif finit par s’ouvrir progressivement à de nouvelles formes de savoir qui consacrent cette culture latérale ou parallèle comme un domaine d


istinct de l’éducation classique.

Ouvert aux civilisations d’Extrême-Orient et d’Occident, le Liban est avant-gardiste au Moyen-Orient dans l’intégration des techniques de croissance personnelle et d’accès aux ressources intérieures. Cultiver le spirituel et le pouvoir du mental est le propre des Libanais. La montagne libanaise a tant été chantée par les voyageurs occidentaux du XIXe siècle, pour être un paradis propice au recueillement et à la méditation. Pays des Saints et des croyants de toutes les communautés, le Liban ne cessait de nourrir une forte tendance à la spiritualité et au repos de l’âme, alors qu’il est en pleine guerre civile. C’est durant les moments de tension extrême que b


on nombre de Libanais étaient conscients de la nécessité et de l’urgence de rompre les amarres avec une guerre qui n’est pas la leur, pour ramener la paix au plus profond d’eux-mêmes et dans leur environnement chéri. Les mécanismes de transformation personnelle en Occident et en Extrême-Orient se déploient en diverses écoles de transformation personnelle. Ces écoles et malgré la différence de leurs mécanismes et stratégies, ont pour principe l’éveil intérieur ; elles concourent vers une conception holistique de l’être humain, de la maladie et de la guérison (exemples : la Médecine Quantique, la Médecine Alternative, ...). Traiter une maladie revient non pas à en traiter les symptômes, mais le tout est de remonter à la racine du déséquilibre.


Cette conception holistique revient à l’impact de la civilisation extrême-orientale sur la pensée occidentale. Il faut attirer l’attention sur le fait que, s’engager dans la culture du développement personnel, n’exige point que l’on s’approprie une identité autre ni une religion autre. Les cultures se répondent les unes aux autres. L’altérité ne peut qu’enrichir l’identité. Etant en quête de paix et d’harmonie, le citoyen Libanais accueille différents aspects de la pensée positive comme une culture parallèle ou latérale qui finit par s’intégrer à la culture nationale : elle s’articule aux domaines de la santé, du bien-être et de la croissance personnelle. Le but est de recouvrer la cohérence collective et le bien-être social au travers du progrès individuel. Tout travail sur soi passe par un mécanisme de nettoyage intérieur très profond, un m


écanisme chronophage. Les techniques de développement personnel contribuent à ramener l’homme à ses ressources les plus profondes, d’où émergent les talents et potentiels cachés, voire même bloqués. Cette culture de soi vise le déblocage et la libération intérieure qui empêchent l’épanouissement de l’être. Ainsi, les différents mouvements de méditation, de respiration, de relaxation et de yoga, et les différents mécanismes d’activation des fréquences cérébrales, se frayent davantage leurs voies dans la société libanaise.

C’est une nouvelle réalité culturelle qui s’est fermentée et qui a fini par s’imposer comme une rupture avec les secteurs politique et économique : la tendance sociale à se séparer de la violence, à refuser de s’impliquer dans les conflits, crée une différence culturelle car les citoyens sont nécessiteux (Bataille). Le propre de la culture est la rupture qui puisse


préparer le redressement en gestation, à long terme. Pour parler en termes Moriniens, c’est une nouvelle écologie mentale et culturelle qui est en voie d’extension, par refus de la guerre, qu’elle soit intestine ou bien extérieure ; une écologie qui recèle un éveil de la conscience libanaise à l’urgence d’intégrer la paix au quotidien et de la manifester. L’éveil implique nécessairement un travail de transformation intérieure, mentale, émotionnelle et spirituelle. Il peut assurer une cohérence collective, mais l’important est de solidariser la collectivité, ce qui n’est pas toujours très évident. Entreprendre les premiers pas vers la lumière, sera prometteur. La société civile est active dans le champ culturel latéral. Fonder de


s centres de méditation et de respiration collectives ne fait qu’augmenter et on offre aux citoyens différentes modalités de bien-être, différents programmes et même une option plein air. Ainsi, on pratique le yoga en pleine nature : les montagnes convient les intéressés à des retraites de méditation et de respiration. Le festival du yoga et la Journée Mondiale du yoga sont annuellement célébrés au Liban. Les médias assument le rôle de formation à cette culture : on présente à la télévision des leçons de yoga et des séances de Life Coaching pour améliorer les manières de vivre. Récemment, les séries télévisées introduisent cette pensée positive dans les dialogues. La médiatisation de cette culture mérite d’être retenue et elle s’articule à la conception esthétique la culture. L’Histoire et la rue prennent part à la culture parallèle. Durant la période de révolution qui commença le 17 octobre 2019, et pour formuler le vœu de paix, des manifestants pratiquèrent le yoga dans une rue bloquée du centre-ville face à des contre-manifestants. Le développement personnel s’approprie le territoire pour le transformer en un espace de


paix et d’entente. Dans le même contexte de transformation de l’Histoire et de l’espace en un vecteur de paix, l’ONG KOUN (كون), en 2019, n’hésite pas à vulgariser la culture de soi et à rendre le yoga accessible aux réfugiés palestiniens comme aux réfugiés syriens. C’est une tentative de prévenir la violence, l’exclusion et la précarité.



En ces temps de mutations décisives de l’avenir du Liban, les secteurs éducatifs, scolaire et universitaire, et pour consolider l’intégration sociale, prennent part aux techniques de croissance personnelle, parce qu’elles permettent de développer des états de conscience libérateurs de l’angoisse. Ce sont des mécanismes de soft power qui renouvellent les énergies et développent des possibilités intérieures illimitées, favorisant la résilience en temps de crise. Elles ont des fonctions préventive et prospective. Le Libanais a compris l’importance de changer de paradigme en temps de crise et d’expérimenter la culture comme champ de conscience en perpétuel développement, progressif et durable. Consciente de sa mission éducative et édifiante, l’Université Libanaise est active et innovante dans le secteur éducatif universitaire. Elle fonde le centre MINE qui dispense une myriade de formations en croissance personnelle, basées sur le rapport corps-émotion-spiritualité :

  • - Motivational behavor and speech.

  • - Entrepreneurship.

  • - Efficacité et bien-être au travail.





  • - Time management.

  • - Self-love and self-development.



  • - Breathing and happiness.

  • - Body language for career success.



  • - Constructive communication.

  • - Leadershift / Digital leadership.

  • - Understand anger and control it.

  • - Resilient mindset in uncertain times.

  • - Building rich and meaningful life.

  • - How to positively manage conflicts.

  • - Find your purpose.

  • - Behavioral finance (neurofinance / neuroeconomy).

  • - Career coach.

  • - Life coach


ing. La quête des moyens de défense et d’immunité personnels ne fait que s’accroître. Le secteur éducatif en devient conscient. Quelques universités privées ne manquent pas de dispenser des cours de yoga et de méditation. Dans quelques écoles, on dispense des séances de yoga pour le personnel et on articule cette culture aux arts du théâtre pour finir l’année en beauté et assurer des moments zen.

Le Liban est une pépinière de cultures plurielles qui se frayent leurs voies pour répondre au désir de mener une vie meilleure. Les nouvelles générations prennent part au développement personnel durable grâce au secteur


privé. Ainsi d’autres formes culturelles émergent. En plein déclin du pays, on dispense des formations autour de l’Etiquette, du Protocole, des Bonnes Manières et du Savoir-Vivre et qui sont le propre d’une société qui s’intéresse au paraître comme à l’être. Sur un autre plan, des clubs mobilisent les intéressés pour pratiquer la marche et la randonnée au cœur d’un patrimoine naturel préservé. C’est par les multiples versants de la culture que les Libanais oeuvrent à contrecarrer la réalité : « La culture ne doit être considérée, ni comme un concept, ni comme un principe indicatif, mais la façon dont est vécu un problème global », (E. Morin, De la culturanalyse à la politique culturelle, p. 6). Bien évidemment, les effets transformateurs et édifiants que la croissance personnelle peut apporter à la société, n’émergeront pas du jour au lendemain. La conscience collective se doit d’être mobilisée à cet effet. Bref, la réalité cultu


relle au Liban est complexe : elle oscille entre pouvoir et impouvoir. A part l’appui de l’Education, le secteur civil s’engage dans les questions liées à l’intégration citoyenne, et introduit de nouvelles formes culturelles parallèlement aux arts. Au-delà de ses fonctions de transmission de valeurs et de communication entre le public et l’œuvre, la culture est un langage qui véhicule la paix, l’élégance de la vie et le vivre-ensemble. La culture est à même de modifier les liens, de déplacer les rapports de force et de les orienter vers l’édification d’une société. Or, son chemin reste semé d’embûches dans un contexte en crise. Il est temps de grandir en culture et de retrouver la cohérence individu-société afin de recouvrer le paradigme humain perdu (Edgar Morin) et de se protéger contre la médiocratie.


Dima HAMDAN



Références

Albert Camus, Le discours de Stockholm, 10 décembre 1957. E. Morin, « De la culturanalyse à la politique culturelle », in Communications, 1969.

13 Edgar Morin, La méthode 2. La vie de la vie, Paris, Seuil, « Points Essais », 1980. http://www.ibe.unesco.org/fileadmin/user_upload/archive/Countries/WDE/2006/A RAB_STATES/Lebanon/Lebanon.htm https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000045969 ABOU RIZK Joseph, « La politique culturelle au Liban », dans la collection Politiques Culturelles, Les Presses de l’UNESCO, Paris, 1981. www.ul.edu.lb site de l’Université Libanaise – 19/11/2020. DESPAROIS Sébastien-Paul, Portrait socio-culturel, politique et économique du Liban, 2005. https://www.unesco-paysage.umontreal.ca/wp- content/themes/cupeum-wordpress theme/file.php?filename=03.pdf&url=/api/v1/depot/134508965490/data https://www.cpf.edu.lb/la-vie-au-college/activites-pedagogiques/2016-2017- archives/primaire/ INTERNATIONAL-ALERT.ORG/BLOG Using arts and dialogue to reclaim public space (25 novembre 2019) https://www.lorientlejour.com/article/1178713/quelques-instants-de-pur-bonheur- grace-au-yoga-pour-les-refugies-et-travailleurs-migrants.html https://news.un.org/fr/story/2022/01/1113142 https://www.lorientlejour.com/article/1293142/quatre-jeunes-de-nahr-el-bared-se- distinguent-dans-un-concours-mondial-pour-lenvironnement.html https://www.lorientlejour.com/article/1293142/quatre-jeunes-de-nahr-el-bared-se- distinguent-dans-un-concours-mondial-pour-lenvironnement.html

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