L’Impérative Rupture en Culture

Updated: Apr 1

D’aucuns voient dans la Culture un continuum, plutôt un ensemble

Pr. Mohamed ZINELABIDINE - Directeur Culture et Communication ICESCO-Rabat et Initiateur du CIPH Ministre Tunisien des Affaires Culturelles 2016-2020

d'éléments homogènes à protéger, à préserver. Par certains aspects, sans doute, il nous revient de protéger le patrimoine culturel, de le valoriser, de l’enrichir. Mais ce que j’entends par «Rupture», c’est une acception nouvelle des politiques holistiques inhérentes à la réalité culturelle, au moment où le fait culturel devient fortement rebelle, remuant, rebondissant, impermanent, involutif, révolutif. Tout semble vouloir le résumer, mais rien ne prétend le contenir ou lui suffire.

Que serait la géopolitique sans la Culture ?



L’histoire sans le patrimoine ?

La mémoire humaine sans ses civilisations successives ?

Le développement des individus sans intelligence créative ?

L’économie - à toutes ses échelles locale, régionale, nationale et mondiale - sans transformation numérique ?

Le tourisme durable sans inclusion patrimoniale et artistique ?

Les métiers d’art sans économie solidaire et sociale ?

La culture sans éducation référée aux domaines de la formation artistique, technique, patrimoniale, digitale, médiatrice ?

La Culture, sans l’enseignement supérieur et la recherche scientifique ?

La Culture, sans la formation professionnelle et la transmission des savoirs et des compétences pratiques et techniques ?



La Culture sans management, industries, communication référées ?

Le Développement sans le PIB culturel ?

En somme, la Culture sans politiques inclusives et holistiques afin de promouvoir la réalité culturelle sur le terrain de sa vérification propre et efficience ?D’où l’impérative rupture en culture qui a conduit l’ICESCO, en tant qu’Organisation Internationale pour l’Education, les Sciences et la Culture, à initier sa réforme pour emprunter un nouveau vecteur stratégique, celui de « ICESCO ROADS FOR THE FUTUR », qui comprend :

- « Le Réseau International des Chaires pour la Pensée, le Patrimoine, les Lettres et les Arts», (Liban, Sénégal, Brésil, Maroc, Tunisie, France, Bahreïn, Allemagne…),

- « ICESCO Créative », (Plateforme numérique qui compte : Musée Virtuel d’Art Contemporain, Centre du Cinéma et d’Image Numérique, Plateforme des Jeunes, Plateforme pour les ICC, Fonds d’Investissement pour Jeunes-Entrepreneurs Culturels),

- « Le Think Tank international, La Culture pour Repenser le Monde


», (qui réunit une centaine de penseurs, de chercheurs, d’artistes, de critiques de quarante pays),

- « Le Centre International des Politiques Holistiques pour la Promotion de la Réalité Culturelle» (Centre d’études et de recherches).

Ce sont là des résonances importantes différentes pour approcher « La Culture Autrement », au moment où il devient difficile de discerner ses apparences et ses saillances, entre arts, créations et loisirs, culture sociale et mémoire anthropologique, droit à la culture et droit de la culture, droit à l’altérité et droit à la singularité. Une prévalence touffue de diversité pour certains, d’antinomie pour d’autres, à en perdre le fil des idées et des approches, si l’on y perpétue l’amalgame des genres et des significations. Rien de plus problématique que de tenter de redéfinir ses références nationales et supranationales, les paradigmes sociaux et les réalités affectives d’un groupe social, oscillant entre rationalité et intersubjectivité.

Au travers d’une image conduite d’intrusion numérique, de médias interposés, de virtualité, d’instantanéité, tout se passe comme une loi absolue, où le non-dit rime avec la modélisation, l’homogénéisation. La métamorphose est dans la réalité pressante du vécu, elle se laisse voir sans être suffisamment pensée. Il nous incombe d’en mesurer les manifestations et d’en retenir les enseignements. Une notion prospective nous invite, en même temps, à élargir les référents de la Culture pour en situer progressivement les attributions, sous l’angle des enjeux du développement. Par son caractère délibérément opérationnel, le développement c


ulturel holistique privilégie les moyens à mettre en œuvre autant que les moyens d’action visant à modifier les comportements d’un groupe d’individus ou d’une société. Les politiques holistiques devant se souscrire au développement économique, comme mode de croissance homogène nécessaire à l’extension de la production et de la consommation, un effort devra être consenti pour revigorer les industries culturelles, l’économie numérique, l’économie sociale et solidaire, la définition de l’ensemble des indicateurs culturels et la précision du PIB culturel, à travers des études crédibles à mener.

Ce concept induit un mode d’organisation et de gestion du secteur d’activité identique à celui que connaissent les autres secteurs de l’économie des biens et des services, ce qui est loin d’être acquis pour le moment, et tranche, de surcroît, avec une idée classique de la culture considérée comme morale, lettrée. Si l’une n’empêche pas l’autre, à priori, la culture peut régénérer l’employabilité comme secteur d’activités prospère, sa reconsidération comme forme d’activités lucratives peut être gérée selon offres et demandes. Certains se demandent si ce principe de consommation de masse est de nature à altérer les fondements mêmes de l’identité culturelle reposant sur la reconnaissance d’un ensemble humain lui-même défini par sa propre organisation au territoire. Le marché des arts et de la culture, à travers le monde, a manifestement ébranlé les certitudes sociales faites de passé et de continuité, autour des valeurs communément admises comme immuables. Cette nouvelle transparence du système culturel, et son ouverture à des secteurs autres censés le porter, a remis en question nombreuses notions singulières des sociétés ayant été amenées à concéder leurs propres systèmes de représentation éthique et mentale.

Qu’en est-il donc de ce processus d’apprentissage cumulé et de


s capacités stratégiques articulées autour des normes de relations, de valeurs et d’actions selon les orientations idéologiques qui caractérisent une culture, une communauté territorialisée ? Si la réhabilitation de la production culturelle est générative pour les pays qui entendent développer leurs propres ressources sensibles et intellectuelles, la perméabilité des cultures traditionnelles quant aux cultures les plus développées a affecté considérablement les cultures dites « de terroir». « L’identité » culturelle de nombreux pays a dû assimiler, pour devenir plutôt une « Personnalité » culturelle, plus flexible, perméable et transformative, la transmission des valeurs de l’enseignement, des traditions et de l’éducation familiale, un faire-savoir organisationnel et institutionnel délibéré parvenant jusqu’aux registres les plus retranchés.

Il est ainsi impératif de reconsidérer cette notion de « culture propre » et de «culture autre», ce qui suppose non seulement le devoir de préserver un patrimoine, gé


rer un actif, reconnaître et pérenniser des groupes communautaires autour de références anthropologiques et un habitus à perpétuer. De tout cela, la globalisation aura touché au for intérieur, au plus intime de l’être communautaire, jusqu’à s’immiscer au détail des héritages lointains et des legs historiques cumulés. Cela est de nature à ébranler ce qu’il y a d’intrinsèque chez l’humain, afin de réécrire l’imparfaite « modélisation culturelle », sujette à toute caution et suspicion. C’est dans ce sens que les pays gagnent à faire évoluer leur propre modèle de développement holistique culturel dont l’objectif est d’aspirer au progrès, à l’amélioration quantitative et qualitative des collectivités, à travers le droit au savoir, à la création, à la propriété intellectuelle et artistique, à l’implication citoyenne individuelle et collective, gouvernementale et non gouvernementale. En plus du transfert des biens et des services culturels à des populations régionales dans le sens du droit à la démocratie culturelle autant qu’à la démocratisation des arts, favorisant l’accès à l’information, à la planification territoriale comme étant des sources et des processus d’accumulation de savoirs et d’intégration.

Cela suppose, en même temps, l’analyse d’indicateurs structurants pour mesurer la réalité culturelle du pays et entamer une prospective réelle à même de guider les pas jusqu’à parfaire les réalisations en cours, pour en faire des ajustements continuels dont notamment l’élévation du niveau de vie combiné au progrès numérique, à la croissance économique, à la complexité de la division du travail, et à la diversification des institutions. Il s’agit aussi de conjuguer les paramètres d’une adéquation difficile, soit le progrès des moyens de création et de communication. Comment faire ce pari du développement, par l’acquisition de la culture et du droit ? La culture devient au cœur du développement des politiques intégrales et inclusives, alors qu’elle se confinait à l’expression simple d’un groupe de lettrés ou la manifestation d’une identité circonscrite à l’appartenance à une mémoire de partage.

Elle devrait définir ses priorités, en la matière, pour une culture d’égalité,


du droit sans exclusion aucune, au-delà de l’appartenance à l’idéologie ou à la région ou à l’âge ou au sexe ou au niveau d’instruction ou à la couleur. Une meilleure répartition des richesses et des ressources entre les Capitales et les régions intérieures afin d’inculquer le sens proactif d’une culture source et vecteur constamment réinventés. Une culture de savoir et de savoir-faire, étant au cœur de tout apprentissage. D’où l’intérêt de cultiver le droit à la culture tout autant que la culture du droit, celle des femmes à émuler avec l’homme dans l’ensemble des registres de la vie citoyenne, droit à l’art et à la connaissance sensible, droit à la création artistique, droit à l’identité enracinée et entrouverte aux perspectives du dialogue interculturel et aux échanges interhumains dans le respect de la différence et l’initiation au rejet de la xénophobie, du repli sur soi et l’extrémisme, en ce que la culture peut ou doit remplir et accompagner sa vocation de médiatrice pour créer des emplois et générer des volontés, droit à l’exercice économique dans ce qu’il peut apporter au pays de renouveau et de croît à l’échelle nationale et internationale, droit à stigmatiser une image valorisée à l’échelle du monde, en rappelant ses référents historiques, ses racines plurielles, ses fondements linguistique et religieux, réceptifs et réactifs relativement à l’universalité des valeurs de l’humanité au XXIè.s., droit à la reconnaissance de l’histoire des cultures, à la sauvegarde et à la valorisation du patrimoine naturel et culturel, droit aux loisirs et aux occupations récréatives. C’est pourquoi, la réalité culturelle dépendra de tous ses éléments, et davantage d’un caractère délibérément opérationnel de référence double, par le dispositif des moyens à mettre en œuvre, des objectifs tracés dans le contexte d’une politique holistique stratégique interagissant avec le monde mutant d’aujourd’hui, faisant de l’individu l’essence et le lieu de toute finalité civilisatrice, individuelle et collective.





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