Voyage au cœur d’une rose

D’une épine à l’autre, ma douleur était augmentée d’une aube-épine de la passion.

Très jeune, j’étais initiée à l’art floral et à ses secrets. La fraîcheur physique de mes 10 ans ne cachait pas mon âge spirituel à l’époque lequel était de 82 ans peut-être.


Rongée par l’impatience, j’attendais passionnément chaque semaine, la séance réservée à la composition artistique. J’étais souvent intriguée par le miracle d’observer les mains de la maîtresse en train d’agencer la hampe, les feuilles, les bourgeons, les pétales, le pédoncule, et d’assister à la genèse d’un être floral qui, pour mes camarades de classe, était un simple objet, un bel objet qui manque de fragrance, mais qui – pour la jeune mature que j’étais pour mon âge – me permettait de sonder le cœur de l’invisible pour voir venir vers moi, son âme. Le plus vivant d’une fleur, est son âme-senteur. Les fleurs composées en classe furent pour moi toutes vives et vivantes, comme si elles vibraient pour moi, seule... Chaque séance d’apprentissage fut pour moi un rendez-vous avec une âme artistique mise en abyme... La vraie fleur n’habite pas son corps... cette idée me hantait.


La tradition fut qu’à chaque séance, un tirage au sort décidera de l’élève qui gagnera la fleur composée en classe. Dès le début, j’avais la certitude que le bon sort allait se dérober à moi. D’une séance à l’autre, j’enjambais les déceptions et attendais stoïquement le moment-miracle où la fleur prédestinée, trouvera son chemin vers moi. Ce moment-portail m’a confirmée dans une pensée à laquelle j’étais éveillée à un âge précoce, c’est que ma vie sera modelée sur le rythme du retour et de la différence, de la continuité suivie de rupture. A chaque séance, j’attendais ma fleur. Or, chaque séance était un moment-épine. D’une épine à l’autre, ma douleur était augmentée d’une aube-épine de la passion. Je ne résistais pas aux doux leurres de mon séjour sur terre, par intuition d’être.


La dernière période d’apprentissage fut un tournant dans ma vie. La maîtresse nous a appris, enfin, l’art de créer une Rose ! J’étais captivée par la pensée, voire même l’image de voir naître, devant mes yeux, un être floral bien avant qu’il prenne corps. Peu de temps après, la rose, de couleur rose, prit forme... et notre attraction, toutes les deux, fut mutuelle ! Mais il a fallu consentir à la tradition du tirage au sort. L’intuition ne ment jamais. « J’ai gagné ! », comme à l’Ecole des Fans.

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Rose Etrangère à la prose

Poïétique du voyage...

Séjour au cœur d’une atemporelle rose

Lisérée de patience, faite de passion...

Ton pollen, ton parfum, se retirent...


Ma pesanteur se défait au cœur de tes parois Parés d’outre-monde...

Déchiré l’espace, le temps se retire Involution de mon être

Ether de ma présence

Vœu de l’avant-fragrance

Feu de l’avant-naissance

Archaïque retour à l’avenir passé du Vide [...]

Immersion dans l’infini de la rose

Un jardin pousse : tige inversée, pilier du Là-bas

Les pétales se dessaisissent d’elles-mêmes

Transe d’un derviche tournant autour de ton temple... (R)rose !

A l’aube du cosmos fut la philosophie de la rose

Aux confins du non fini fut la civilisation de la rose

Ta syntaxe est faite de brûlure... cendre L’outre-rose, valeur d’outre-espace

La non-rose se découvre une altérité immatérielle ...

Avant-langage né

Dans l’interstice du baume et du non souffle Extinction dans le Cela Avènement du non-moi

Dépouillement transparence


Dima HAMDAN



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