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Forum Mondial des Organisations Internationales FESCIOF - Together to impact to the 21ème siècle

Conférence de P. Dr Mohamed ZINELABIDINE lors du Forum Mondial des Organisations Internationales FESCIOF


P. Dr Mohamed ZINELABIDINE

P. Dr Mohamed ZINELABIDINE

Ministre tunisien des Affaires culturelles/ 2016 - 2020

Directeur de la Culture et de la Communication/ ICESCO


8-9 march 2023 - Riyadh, KSA






Mesdames et Messieurs,

 

Je voudrais partir d’abord, si possible, d’un constat que je pose comme question. Pourquoi nombreux Etats-membres n’ont-ils pas suffisamment conscience des enjeux de la culture pour le développement durable ?

 

Peut-être déjà, six premières réponses que nous avons constatées :


1- Des raisons de priorités autrement stratégiques qu’ils considèrent dans les secteurs porteurs, éducation, santé, énergie, transport, environnement …


2- Des raisons d’inconscience politique quant à la portée économique et industrielle des branches culturelles, dès lors que nombreux pays, pourtant de grande tradition et civilisation, ce n’est qu’à titre d’exemple, négligent la part du patrimoine dans la valorisation des ressources et des richesses nationales, ils ne montrent que très peu d’intérêt à la promotion et à la valorisation de l’investissement à ce sujet.


3- Des raisons d’appréhension morale, voire religieuse, quant à la portée de l’art sur les plans des libertés et de l’émancipation, quoi que nous soyons, ces dernières années durant, en mutation remarquable, pour voir muter, de très nombreux pays, et évoluer en faveur de nouvelles réalités, vers plus de libéralisation des idées et émancipation des sociétés. Les habitus changent et l’ordre politique est, sans conteste, là-dedans.


4- Des raisons de pauvreté et de raréfaction des moyens pour nombreux autres pays, n’en sont loin, ce qui sous-entend des priorisations d’un ordre plutôt pragmatique, fonctionnel, utilitaire et vital.


5- Des raisons d’ancrage dans des attitudes exagérément soupçonneuses de la culture réformatrice, voire suspicieuses de toute notion de culture réformatrice. Un impératif de conservatisme qui s’opère par un attachement très fort, voire aliénable, qui entend les politiques culturelles, si elles existent, des vecteurs d’immunité face à l’étranger, des stratégies de recroquevillement et de préservation immuable d’un passé strictement identitaire, sur les plans linguistique, religieux, communautaire, et ce afin de rendre indélébile ce qui ne doit en aucun cas « se transformer » ou « se déformer », selon eux.…Rien ne bouge ou ne devra bouger, sinon c’est la déperdition des valeurs ancestrales, la disparition de l’identité, l’aliénation aux courants occidentalistes et modernistes tant redoutés, au vu de l’enjeu géopolitique globalisant.


6- Dernier point, et non l’ultime bien sûr, une conscience bien relative des droits, pour ne pas dire sujette à caution, quant au droit de la culture, droit à la culture, droit à l’accessibilité à l’art et au patrimoine, droit de propriété intellectuelle, littéraire et artistique, droit d’auteur, droit voisin, et j’en passe.


II/ Face à ce constat, soulevons la question relative à la responsabilité des Organisations internationales, continentales, régionales et organisations sectorielles, au regard du constat que je faisais. Nul doute que nos Organisations font beaucoup pour induire une nouvelle conscience de la culture, à travers le monde, comme moteur et vecteur de développement inclusif et durable pour tous.

 

Mais permettez-moi de faire observer, d’emblée, deux points que l’ICESCO a relevés :


1-  Les Indicateurs thématiques (Indicateurs Culture|2030 de l'UNESCO) insistent, sans conteste, sur le rôle de la culture dans la construction d’un monde plus durable. D’où la pertinence aussi de l'adoption de plusieurs résolutions des Nations Unies sur la culture et le développement, la dernière en date en décembre 2021, les 8 résolutions similaires précédentes portant sur la nécessité d'adapter les politiques dans le dessein de mieux ancrer la culture dans les perspectives du développement durable. Pour autant la culture demeure subordonnée à l’éducation, à l’agriculture, à l’environnement et à nombreux autres secteurs dont elle devra dépendre.

 

 2- De même, la culture est explicitement référencée dans la Cible 11.4 pour « Renforcer les efforts de protection et de préservation du patrimoine culturel et naturel mondial », l’indicateur 11.4.1 convenu à l’échelle mondiale pour être élaboré et présenté par l’Institut de Statistique de l’UNESCO (UIS). De même, la Cible 11.4 où la culture est citée pour rappeler sa part à contribuer en tant que secteur d’activité transversale. Sans omettre, entre-autres cadres internationaux prévalents le Nouveau Programme pour les Villes (UN-Habitat).


III/ Suggestions de l’ICESCO


Elles sont au nombre de quatre :

 

1- Une première proposition de l’ICESCO pour que nous puissions travailler ensemble, entre organisations, pour un objectif autonome réservé à la culture, qui serait un 18ème Objectif afin d’insister sur sa pertinence comme moteur de développement durable, matériel et immatériel, vis-à-vis de l’ONU, du monde islamique, de la ligue des Etats arabes, de l’Union africaine, et de tous les Etats, sans exclusive. Nous devrions agir contre une culture dissimulée, dans et sous les 17 ODD, une culture transversale. Non la culture a besoin et se réclame d’un objectif à elle seule, tout en se rapportant, en même temps, à tous les secteurs d’activité et de croissance. Plutôt que d'observer et évaluer sa contribution à chaque objectif pertinent des 17 ODD et à chaque indicateur mondialement accepté, relativement aux Indicateurs Culture|2030.

 

2- La Deuxième proposition de l’ICESCO serait de travailler ensemble et communiquer sur un plan d’efficience et de sensibilisation, à l’adresse des pouvoir public, législatif, exécutif et société civile, afin que tous prennent une meilleure conscience des nouvelles acceptions de la culture au futur, à l’aune du XXIème siècle. Non seulement comme enjeu essentiel de l’humanité et de la diversité, mais aussi comme moteur de croissance et de développement matériel et immatériel, y compris par la refonte de l’ensemble des politiques référées, et des budgets prévisionnels qui serviraient à la mise en place de vraies réformes pour l’avenir des sociétés et des pays. Et rappeler, voire insister sur les dimensions stratégiques des politiques culturelles holistiques :


  • Que serait la géopolitique sans la Culture ?

  • L’histoire sans le patrimoine ?

  • La mémoire humaine sans ses civilisations successives ?

  • Le développement des individus sans intelligence créative ?

  • L’économie - à toutes ses échelles locale, régionale, nationale et mondiale - sans transformation numérique ?

  • Le tourisme durable sans inclusion patrimoniale et artistique ?

  • Les métiers d’art sans économie solidaire et sociale ?

  • La culture sans éducation référée aux domaines de la formation artistique, technique, patrimoniale, digitale, médiatrice ?

  • La Culture, sans l’enseignement supérieur et la recherche scientifique ?

  • La Culture, sans la formation professionnelle et la transmission des savoirs et des compétences pratiques et techniques ?

  • La Culture sans management, industries, communication référées ?

  • Le Développement sans le PIB culturel ?

  • En somme, la Culture sans politiques inclusives et holistiques afin de promouvoir la réalité culturelle sur le terrain de sa vérification propre et efficience ?

 

3- Une troisième proposition de l’ICESCO, opérons ensemble pour des politiques communes fédératives, qui soient plus efficientes, en terme d’impact sur les réalités culturelles des pays membres. Et pour parler de futur et de communication, objet de notre rencontre, l’ICESCO a complètement réformé ses approches politiques culturelles, en terme d’objectifs, d’axes et de programmes stratégiques, ces dernières années. Ici, j’aimerais rappeler une expérience que nous mettons en place depuis deux ans et demi à l’ICESCO au moyen de « ICESCO ROADS FOR THE FUTURE ». Elle comprend des axes majeurs autour de la philosophie, des lettres, des arts, de la créativité et des politiques holistiques, dans le but d’en faire des agitateurs de promotion de la réalité culturelle des pays membres, au moyen des programmes suivants :

 

▶︎ « Le Réseau International des Chaires pour la Pensée, le Patrimoine, les Lettres et les Arts », (Liban, Sénégal, Brésil, Maroc, Tunisie, France, Bahreïn, Allemagne…), réunies pour repenser ensemble, pays musulmans et non musulmans les enjeux nouveaux de la culture et l’impératif d’une rupture épistémique des politiques en cours.

 

▶︎ « ICESCO Créative », pour libérer l’intelligence créative et l’initiative autour de nombreuses plateformes numériques dont : Le Musée Virtuel d’Art Contemporain / Le Centre du Cinéma et d’Image Numérique / La Plateforme des Jeunes créatifs / La Plateforme des ICC / Le Fonds d’Investissement pour Jeunes-Entrepreneurs Culturels/ Le Théâtre d’Opéra virtuel/ Le Portail du patrimoine. Un projet fort ambitieux que nous mettons en place et menons graduellement.

 

▶︎ « Le Think Tank international ; la culture pour repenser le monde », (qui réunit une centaine de ministres anciens et en exercice, des penseurs, chercheurs, artistes, critiques de quarante pays).

 

▶︎ « Le Centre International des Politiques Holistiques pour la Promotion de la Réalité Culturelle » (Centre d’études et de recherches théoriques et appliquées).

 

▶︎ « Initiative de l’ICESCO à travers le Programme international de généralisation des droits à la culture et à l’accessibilité à l’art et aux métiers du patrimoine dans les pays membres ».

 

▶︎ « Le Programme ICESCO Youth Elite », pour la jeunesse créative et la jeune élite culturelle. 


Pour conclure, c’est l’appel de l’ICESCO afin de travailler main dans la main pour plaider ensemble en faveur d’une culture d’égalité, du droit sans exclusion aucune, au-delà de l’appartenance à l’idéologie ou à la religion ou à la région ou à l’âge ou au sexe ou au niveau d’instruction ou à la couleur. Pour une meilleure répartition des richesses et des ressources entre capitales et régions intérieures aussi, afin d’inculquer le sens proactif d’une culture source et vecteur constamment réinventés pour la paix et le développement durable partagé. Une culture de savoir et de savoir-faire, de connaissance, de reconnaissance et de respect, étant au cœur de tout apprentissage humain et de progrès pour tous, pour un meilleur vivre-ensemble.                     

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