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Entretien avec l’Artiste musicien-interprète Zied Gharsa - Vers un mouvement global pour la diversité artistique


Réseau International Des Chaires ICESCO Pensée, Patrimoine, Lettres Et Arts

GROUPE DE RECHERCHE SUR " LA PENSÉE ET LA CRÉATIVITÉ DES FEMMES DANS LE MONDE ISLAMIQUE "


Zoubeida BOUKHARI





Dr. Zoubeida BOUKHARI


Consultante Internationale en Culture, Éducation et Communication Environnementale

Coordinatrice du Groupe de Recherche sur " La Pensée et La Créativité Des Femmes Dans Le Monde Islamique "






Derrière un nom il y a une voix, le grain d’une voix que les Tunisiens ont dans l’oreille, voix qui résonne toujours entre nos oreilles et nous plonge dans le monde merveilleux de notre patrimoine artistique. C’est la voix de celui qui depuis tout jeune est nommé Cheikh Al Malouf, l’Artiste musicien-interprète Zied Gharsa, fils de l’illustre Feu Taher Gharsa.


ICESCO Créative a le plaisir d’échanger avec cette figure emblématique de la musique et de la chanson tunisienne, au siège de sa propre académie pour le malouf et les arts qu’il a récemment  créée.


Bonjour Zied Gharsa et merci de m’avoir reçue.


Merci d’être venue et de m’avoir proposé cette interview.

 

▶︎ Vous êtes à la tête de votre académie depuis septembre 2025, quel ADN avez-vous défini pour cette académie ?


La capacité, bien évidemment,  à dialoguer avec plusieurs univers puis que j’ai des fonctions assez diverses : professeur de oud tunisien, de piano tunisien et de percussions traditionnelles tunisiennes. Enseignant de vocalises du malouf. Encadrant des chercheurs et doctorants dans mon domaine d’expertise. Outre, la capacité à bien comprendre les enjeux de l’apprentissage et du monde des arts. Et puis, l’enjeu d’imposer une vision et d’avoir la capacité à fédérer pour la réaliser. C’est Une vision claire et ambitieuse. Voire la vision de faire de l’académie une école engagée, y impliquer et m’entourer de personnes très investies et compétentes. Outre celle de Former des artistes complets et autonomes, capables de s’exprimer dans un cadre professionnel et créatif. En somme, le tout se résume en un enjeu principal. C’est de pouvoir réaliser le plan stratégique déjà élaboré afin que l’académie puisse devenir un pôle de référence en Tunisie et dans la région pour l’enseignement artistique pluridisciplinaire.


▶︎ Là, vous l’avez  mentionné, le plan stratégique. Peut être, faudrait-il faire un petit point d’étapes sur ce plan stratégique ?


L’objectif pour l’académie, est, d’abord, d’affirmer très fortement tous ses atouts puisqu’elle est une académie ancrée autour d’un écosystème d’innovation avec la capacité à dialoguer, à former des artistes, des ingénieurs de sons et des spécialistes des techniques de l’enregistrement, ce qui fait qu’elle aura à initier des programmes hybridés. Elle a donc cette stratégie dès sa création dès son origine. Et ainsi, d’affirmer cet ADN des Arts de la transmission et de l’innovation. C’est, en somme, l’âme de la manière dont on arrive à faire dialoguer les artistes, les apprenants et les chercheurs puis que c’est vraiment une agora où tous se rencontrent. C’est une institution très engagée qui aspire à s’affirmer, aussi longtemps que possible, sa capacité à apporter de vraies réponses aux enjeux de transmission, aux enjeux de transformation de nos différents héritages artistiques, aux enjeux des modèles du professionnalisme en art. Nos chercheurs travailleront sur tout cela. La réponse à apporter à nos apprenants, c’est une vraie promesse : la promesse d’un voyage pédagogique. L’apprentissage est un voyage. Quand on parle d’apprentissage on parle de voyages. On a l’apprentissage en présenciel dans les salles avec les professeurs en petits groupes. Et, c’est traditionnel. Puis, eu égard à la réalité virtuelle, nous avons prévu à développer des cours en immersif. Bien évidemment nous n’avons pas négligé les activités en dehors du siège de l’académie. Déplacer nos apprenants pour qu’ils puissent apprendre au sein d’autres espaces, ceux de nos partenaires.


▶︎ Selon les objectifs de la création de votre académie, cette institution est une académie d’apprentissage et de recherche. Comment appréhendez-vous de procéder ?


Eu égard la diversité des disciplines dispensées on a prévu un modèle d’apprentissage en réseau où apprenants et chercheurs travaillent en réseau entre eux au sein de l’académie aussi bien qu’ailleurs. On aspire à un modèle d’excellence à mener en partage avec d’autres, nos partenaires. On va travailler traditionnellement sur des disciplines qui sont dispensés dans les conservatoires et les instituts de musique et ceux des arts qui existent déjà en Tunisie,  avec une ouverture sur de la nouveauté telle que l’ouverture du champ de recherche autour de genres musicaux et artistiques qui peuvent se marier avec d’autres genres appartenant à des   héritages de civilisations étrangères qui existent ailleurs qu’en Tunisie. On tend à travers cela à créer une dynamique qui favorise l’ancrage international de l’académie afin d‘attirer des apprenants et des chercheurs du monde entier pour des collaborations étudiées et concertées avec nos étudiants aussi bien qu’avec nos chercheurs. La mobilité internationale fait, en fait, partie de nos priorités, notamment en ce qui concerne l’enjeu de former une génération d’artistes ouverte, pas repliée sur soi qui a de la capacité de créer des ponts, qui a de la capacité d’avoir une vision complexe du monde artistique. Ce dispositif s’insère dans une démarche qui sera clairement définie avec nos partenaires étrangers compte tenu des contextes contraints et toutes les anxiétés qui en découlent.

 

▶︎ Vous abordez le monde de la créativité artistique à travers cette institution, votre académie, avec un esprit d’ouverture à la diversité artistique. D’où émane cette vision ?


L’esprit d’ouverture de notre académie à la diversité artistique prend son élan de la diversité de la société tunisienne et également d’un fait certain : le monde de l’art appartient à la société. Il est donc de notre devoir de respecter cette diversité et d’en tenir compte dans nos créations artistiques. La création participe à l’épanouissement. En fait, les créateurs artistiques ne se contentent pas de produire des œuvres ; ils contribuent à l’équilibre émotionnel de la société. C’est pourquoi, le choix du contenu des œuvres artistiques à divulguer au sein de la société telle qu’elle soit doit être fait de façon à aborder les groupes sociaux  avec  le plus grand esprit de tolérance et de curiosité.  C’est ainsi que les créateurs participent à un mieux être de la société. Ce mieux être est la clé d’un mieux vivre ensemble qui favorise la transmission. C’est une conviction que j’ai pu développer à travers la certitude qu’il n’y a pas la moindre ambigüité de considérer la diversité artistique à la fois comme la source  personnelle de l’épanouissement de chacun des citoyens et comme une source d’épanouissement social et collectif qui est une clé pour la bonne culture.


▶︎ Devenu Cheikh Al Malouf depuis tout jeune, le frisson du passé vous habite, certes. Est-ce la raison qui vous pousse à faire de la transmission du Malouf un volet d’apprentissage privilégié dans votre académie ?


Le frisson du passé m’a toujours habité ; d’autant plus que j’ai une  culture admirative envers ces gens exceptionnels, mes prédécesseurs, les Cheikhs du malouf dont mon feu père Taher Gharsa. Et, puis sur le plan de la relation humaine que j’ai pu avoir durant ma jeunesse avec mes ainés du Malouf, je garde un souvenir très respectueux et très affectueux de ces ainés. A cela s’ajoute le fait que j’ai un code moral assez solide. D’où mon attachement à ce lègue paternel. En outre, mon statut actuel de musicien et interprète du malouf me permet de rencontrer beaucoup de mes contemporains qui sont des contemporains remarquables pour qui j’ai beaucoup d’admirations et que je n’aurai jamais pu rencontrer si je ne suis pas devenu spécialiste de cet art authentique. J’ai donc une très grande reconnaissance à l’égard de ce statut de Cheikh Al Malouf qui m’est donné depuis tout jeune. D’où ce sentiment de devoir agir au profil de ce lègue qui est un lègue paternel mais aussi  un pilier de la mémoire musicale tunisienne. D’ailleurs, le malouf incarne la complexité et la beauté de la diversité culturelle de la Tunisie. Telle que son nom l’indique, l’Académie Zied Gharsa pour le Malouf et les arts veillera à la transmission de ce patrimoine musical au sein de  l’apprentissage à dispenser et également à travers la reproduction du contenu d’une documentation qui est le fruit de recherches que j’ai menées pendant plusieurs années. Par ailleurs, il est important de numériser cette documentation que je possède et qui mérite d’être valorisée  pour que vive le malouf, cette mémoire vivante qui habite en moi et nourrit ma vision artistique.


▶︎ Un mépris honteux de la part de l’élite intellectuelle et des groupes sociaux instruit pour le Mezoued. En revanche, vous avez pris l’initiative de l’insérer comme discipline à enseigner dans votre académie. Ne semblez-vous pas vous engagez, là, dans le cheminement d’un combat culturel ?


Je pense qu’assimiler la transmission du « Mezoued » à un combat culturel est, quand même, angoissant. On dira, tout simplement, qu’en va tenter au sein de notre académie, de réanimer d’une manière assez forte la transmission de ce genre  de musique. Il est, ainsi, question de trouver la bonne méthode pour ce faire. Quand on fait un pas comme celui-là, Il y a tellement d’habitude à changer, tellement d’effort à fournir pour que cela rentre dans la conscience des gens. Pour que cette action réussisse et prenne son ampleur, il faut une école solide, de la volonté  et une conviction que le « Mezoued » appartient à notre pays et que ça mérite d’être reconnu en tant qu’héritage à conserver. Ça mérite  aussi et surtout d’être récompensé.

 

▶︎ On voit croitre autour de nous une désertification dans le domaine de la transmission de deux genre : le mezoued et le salhi. Il y a sans doute, à travers le monde, ce même dédain pour un genre particulier  de musique. Aborder la question de la transmission des genres de musique et des chants mis à l’écart en œuvrant avec vos contemporains qui sont très remarquables dans leurs pays autant que vous l’êtes en Tunisie, peut-il créer une solidarité générationnelle musicale à l’échelle internationale ?

 

Il s’agit, là, de l’une de nos priorités en perspective qui concerne particulièrement la transmission du chant « Salhi » et la transmission musicale du « mezoued » ainsi que les chansons qui l’accompagnent. Dans cette optique nous avons pris en considération que ces genres artistiques constituent des passions individuelles et/ou collectives et que les spécificités de chacun de ces genres léguées par le passé sont encore vivantes. Par conséquent la recherche aussi bien que la reconstitution d’identités territoriales est le fait évident, d’individus, de groupe, de localités et d’espaces motivés par le désir de repérage et d’enracinement. Les zones rurales ainsi que les milieux populaires des zones urbaines constituent le gisement de ces genres artistiques latents ou exprimés. Nous avons ainsi prévu une approche dédiée au plus près du terrain avec le souci de stimuler dans les communautés, chez les gens, chez les individus eux-mêmes le désir de valoriser ce lègue artistique si riche par sa diversité. Ceci suscite des visites de terrain pour certains villages, quartiers ou bien campagnes pour enquêter et initier sur le tas notre démarche de transmission. C’est une démarche sélective et adaptée aux milieux ciblés. La musique a toujours été considérée comme ambassadrice de tous les arts. C’est l’art le plus diffusé dans tous les milieux sociaux à travers le monde. Par conséquent, il ne peut guère être question  de repli sur soi dans le domaine de la musique. C’est ce que je tends à confirmer en collaboration avec mes contemporains. Je pense que plus que jamais on doit veiller à offrir aux peuples dans les quatre coins du monde cette opportunité de  créer une solidarité générationnelle musicale à l’échelle internationale. En fait, ces musiques et ces chants, mis à l’écart, qui au fond racontent des histoires d’époques différentes et la racontent dans la rencontre des mots et de la musique reste complètement liés à ceux qui les écoutent là où ils sont diffusés. On est là au cœur de la démarche de la transmission qui consiste à s’emparer d’un monde, qui n’est pas le sien et à en faire le sien. C'est-à-dire à se projeter dans le monde de l’autre pour dire comment on le ressent, ce que l’on en pense. Ce n’est pas du tout le trahir, ce n’est pas du tout le violer ou le voler, c’est beaucoup plus lui rendre hommage d’une certaine manière en lui montrant à quel point il résonne en soi. C’est à travers tout cela que la solidarité générationnelle s’impose.

 

▶︎ Se projeter, comme vous venez de l’affirmer,  au travers de la transmission,  dans une époque qui n’est pas la notre et en faire la notre à l’heure actuelle- notre présent- où, quasiment, tout le monde est emporté par la modernité ne vous mène-t-il pas à déclencher au sein de votre académie la rencontre entre des œuvres musicales patrimoniales et le goût moderne ? Autrement dit, peut-on prévoir la transmission du patrimoine musical où il y a un souffle de modernité ?


Dans notre société actuelle qui est traversée par toute sorte de crises d’angoisses où les difficultés économiques et sociales pèsent très lourd, des tas de gens ont tendance à être nostalgique et s’accrochent au fil du bon vieux temps, à travers la musique, à travers des chansons. D’autres, sont emportés par la modernité. Loin de s’effacer ce bon vieux temps renait grâce à la transmission des arts tout genre confondu, notamment la musique. Ceci dit, Il est perceptible que dans le monde actuel, l’ère des transitions numériques, l’ère de l’IA, à chaque instant, il y a un renouveau. Sans être fanatique de la nouveauté ni de la modernité, j’aspire à cette modernité dans la Tunisie d’aujourd’hui. Bien évidemment c’est une nouveauté qui a un souffle capable de favoriser la rencontre entre des œuvres musicales patrimoniales et le goût moderne. C’est, en fait, une question de sagesse.


▶︎ A travers toutes ces disciplines artistiques, vous semblez vouloir raconter la Tunisie. Il y a ce condensé de l’Amour de la Tunisie. Vous sentez-vous capable à travers tout cela, au sein de votre académie, d’apporter un enrichissement à la culture du pays ?


Quand on étudie tous ces arts qui nous font découvrir une partie importante de notre identité, on est fasciné par tout ce qu’on apprend et on ressent ce que vous venez de dire, un Amour fusionnel pour la Tunisie. C’est, en somme, un sentiment capable d’alimenter l’enrichissement de la culture de notre pays.

 

▶︎ Quel message aimeriez-vous adresser à l’ICESCO ?


Je souhaite que l’académie Zied Gharsa pour le Malouf et les arts établisse dès que possible une collaboration avec l’ICESCO, notamment dans le cadre d’un partenariat avec le département de la culture. J’estime que ce souhait est un vœux souhaitable eu égard les liens privilégiés entre cette Organisation et l’Etat tunisien. Des liens qui se confirment par les trois visites officielles effectuées , depuis, l’année 2024, par le Directeur Général de l’ICESCO en Tunisie où il était reçu, ainsi que la délégation de haut niveau qui l’accompagnait,  par le Président de la république Kais Saied. Ces visites ont débouché sur des accords et la signature de nombreuses conventions de coopération.

 

▶︎ Parmi ces trois visites officielles, laquelle converge avec vos ambitions, vos intérêts ?


La toute dernière, celle du 17 novembre écoulé, consacrée à un échange de haut niveau sur les enjeux culturels et civilisationnels.




Propos recueillis par Zoubeida BOUKHARI

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