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La danse comme expression culturelle dans le monde arabe « Place des femmes : quand danser devient une cause »

2 days ago
14 min read

Katia Saab






Katia SAAB


Poète

Experte en en gestion d’entreprise





Plan



Introduction


Peut-on parler de danse sans parler de musique, de rythme et d'émotion ? Peut-on parler de danse sans évoquer le corps, le regard social et l'expression de soi ?


Depuis les origines de l'humanité, la danse accompagne les premières formes d'expression artistique. Bien avant l'écriture, elle s'inscrivait déjà dans la mémoire des corps. Plus qu'une succession de mouvements, elle constitue un langage et une manière d'habiter le monde.


Chez de nombreux peuples autochtones d'Amérique du Nord, les pow-wow sont bien davantage que de simples rassemblements festifs. Ils constituent des moments sacrés de recueillement et de spiritualité. Les femmes y jouent un rôle essentiel en tant que gardiennes des traditions, porte-paroles de leur communauté et piliers de la transmission culturelle. Leurs pas, mesurés et gracieux, incarnent la force, la guérison et le lien avec les ancêtres. À travers leurs danses, elles perpétuent une mémoire vivante et transmettent un héritage qui traverse les générations. D'autres cultures, sur tous les continents, ont elles aussi fait de la danse un rituel de célébration, de deuil, de prière ou de résistance.


La danse peut même être réduite à son essence la plus pure : le mouvement du corps dans l'espace, sans musique, sans bruit, guidé uniquement par le souffle et le rythme des battements du cœur. Elle devient alors un langage universel par lequel le corps exprime ce que les mots peinent parfois à dire. Les gestes racontent les émotions, les souvenirs, les blessures, les espoirs et les transformations. Chaque danse porte une histoire.

Comme l'affirmait la danseuse américaine Martha Graham :

« La danse est le langage caché de l'âme. »

Pourtant, si la danse est universelle, elle n'est jamais perçue de la même manière. Selon les sociétés, elle peut être célébrée, ritualisée, encadrée ou condamnée. Le corps féminin, en particulier, devient souvent le lieu où s'expriment les codes sociaux, les valeurs morales et les rapports de pouvoir.


Cet article explore la place du corps féminin et de la danse dans les sociétés arabes, à la croisée des traditions, des normes sociales et de la quête de liberté. Il met en lumière la manière dont certaines femmes utilisent la danse pour exprimer ce que les mots taisent, se réapproprier leur identité et faire entendre leur voix.

Cette analyse s'inscrit également dans une perspective plus large en établissant un dialogue avec d'autres répertoires traditionnels, du flamenco à la samba, où le corps féminin devient lui aussi un vecteur de mémoire, d'identité et de résistance. Ces résonances rappellent que, malgré la diversité des cultures, la danse demeure un patrimoine vivant qui transcende les frontières.


Nourri par mon parcours entre le Liban et le Canada, ce regard croisé sur la danse et le corps féminin questionne la façon dont les identités se construisent sous l'influence des traditions, des attentes sociales et des expériences de vie. Il invite à considérer le corps non comme un objet soumis au jugement d'autrui, mais comme une force créatrice, porteuse de mémoire, de maternité, de résilience et de vie. Danser devient alors un acte de réappropriation de soi, un espace de guérison et une expression de la liberté intérieure.


Le corps féminin et la danse : entre contrôle, mémoire et liberté


Le corps féminin a toujours oscillé entre beauté et contrôle, entre le regard social posé sur la femme et les attentes culturelles, entre la pudeur imposée et l'expression artistique, entre l'honneur de la famille et le jugement de la société. Dans plusieurs sociétés arabes, le corps de la femme demeure observé, codifié, réglementé, parfois même condamné. Une femme qui danse dérange souvent davantage qu'un homme.


Cette tension entre pudeur imposée et expression du corps ne se limite pas au monde arabe. Dans Educated, Tara Westover raconte que son père, mormon fondamentaliste, considérait la danse comme un péché : une jeune fille vertueuse ne devait ni montrer ses jambes ni danser en public. À ses yeux, la danse relevait de l'impudeur et de la corruption morale. Son récit illustre comment, dans différentes cultures, le corps féminin en mouvement peut devenir l'objet d'un contrôle social et religieux.


Avant d’aller plus loin dans le contexte de la danse, il est essentiel d’aborder un élément central : l’habillement féminin et le regard porté sur le corps. Que pouvait porter une femme sans s’exposer au jugement ou à la honte sociale ? Que devait-elle éviter pour préserver l’image de respectabilité attendue d’elle ?


Dans plusieurs milieux conservateurs, le corps féminin était encadré par des règles précises. Le buste devait être soigneusement couvert afin d’éviter les regards ou les interprétations jugées inappropriées. Les jupes et les robes devaient respecter certaines longueurs, tandis que les gestes, la posture et même la manière d’occuper l’espace faisaient l’objet d’une attention constante. La démarche elle-même répondait à des codes implicites : une jeune fille devait marcher avec retenue, sans mouvements jugés trop expressifs, afin de refléter la pudeur, la bonne éducation et l’honneur de sa famille. Une femme considérée comme « bien élevée » se devait d’incarner cette retenue jusque dans sa posture et son expression corporelle.


Pourtant, lorsque les danseuses de baladi entraient en scène, leur corps, leurs mouvements et leur présence étaient mis au premier plan. Le ventre, les bras et les ondulations du corps, parfois jugés inappropriés dans la vie quotidienne, devenaient les instruments d’un art reconnu pour sa maîtrise, son expression et sa richesse culturelle. Cette contradiction révèle toute la complexité du regard porté sur le corps féminin : ce qui peut être condamné dans l’espace social peut parfois être admiré dans l’espace artistique.


Dès lors, où se situe véritablement la place de la femme entre les règles imposées à son apparence et un art qui repose précisément sur la liberté du mouvement ?


Aujourd'hui, à travers la danse, de nombreuses femmes arabes ne livrent pas seulement une expression corporelle ; elles racontent leur histoire, leur culture, leurs blessures, leurs silences et leur droit d'exister pleinement. Pour plusieurs, la danse devient un chemin de guérison après l'exil, la guerre, l'immigration, les normes restrictives ou les épreuves personnelles. Elle offre un espace où les femmes se réapproprient leur être, leur corps, leur place, leur dignité et leur voix, longtemps contrôlés, étouffés ou réduits au silence. Elles y apprennent à se regarder autrement, à renouer avec elles-mêmes et à retrouver la liberté d'être.


Ce même corps, autrefois soumis au regard des autres, devient alors un vecteur de mémoire, de liberté et de résistance. Par la danse, il retrouve le droit de vibrer, de s'exprimer et de se laisser porter par le rythme de sa propre vérité.


Au-delà des traditions et des revendications, la danse demeure aussi une expérience intime, un dialogue silencieux entre le corps et l’âme :


Oser être pour danser.

Oser éclater à travers les rythmes.

Je dansais dans les silences de mon cœur. Je dansais dans le déhanchement de mon âme. Je dansais à ma façon, sans faire de bruit, sans troubler mes sens, dans la pénombre de mes nerfs et de mes blessures invisibles.

 

Danser l'appartenance : quand le mouvement devient mémoire collective


Dans certaines traditions, comme la dabké[1], la danse devient également une expression collective. La musique porte en elle un souffle d’appartenance : à la moindre cadence, les corps s’alignent, les mains se croisent et les cœurs s’élèvent. Elle devient alors plus qu’un mouvement ; elle devient un langage partagé, où les identités se rencontrent, où une passion commune se transmet et où les générations resserrent leurs liens.


Quant à la danse du ventre dans le monde arabe, elle raconte une histoire plus complexe. Lorsque la danseuse apparaît dans la salle, les regards se tournent vers elle. Son corps devient le centre de l’attention, admiré pour la maîtrise de ses mouvements, son élégance et son expression artistique. Pourtant, ce même regard qui célèbre la danseuse sur scène peut parfois devenir un jugement sévère lorsqu’il se pose sur une femme dans la vie quotidienne. Une femme qui choisirait une tenue jugée trop ajustée ou trop révélatrice pourrait entendre des reproches tels que :

« Tu es habillée comme une prostituée. Tu veux attirer les regards ? Que vont penser les gens de toi ? »

Ces paroles, souvent prononcées au nom de la pudeur ou de la réputation familiale, révèlent une contradiction profonde : le corps féminin peut être admiré lorsqu’il appartient à un spectacle, mais contrôlé lorsqu’il appartient à la femme elle-même. Derrière ces jugements se cache une interrogation essentielle : une femme peut-elle être visible sans devenir l’objet du regard des autres?


Entre deux mondes : la femme immigrante entre héritage et liberté


Si j’évoque cette réalité aujourd’hui, ce n’est pas à travers des récits lointains, mais à partir d’une expérience personnelle qui rejoint celle de nombreuses femmes ayant vécu entre plusieurs cultures.


Mon cheminement entre deux rives, du Liban au Canada, m’a permis d’observer comment certaines attentes sociales persistent au-delà des frontières et continuent d’influencer la relation des femmes à leur propre corps. Changer de pays ne suffit pas toujours à se libérer des regards, des traditions rigides et des peurs transmises par l’histoire familiale et culturelle.


Entre deux mondes, la femme immigrante apprend alors à naviguer entre héritage et liberté, entre fidélité à ses racines et désir d’exister autrement. Et parfois, la danse devient précisément cet espace fragile où elle tente de réconcilier ces deux parts d’elle-même.

« Tu danses, tu attires l’attention. Il faut préserver l’honneur de la famille. Il faut donner le bon exemple à nos enfants. »

Ainsi, chacun de nos gestes peut devenir observé, interprété, jugé, voire scruté dans ses moindres détails. Face au poids du regard social, certaines femmes renoncent à occuper l’espace, à danser et à faire entendre leur présence.


Pourtant, au fond d’elles-mêmes, leur cœur continue de danser au rythme douloureux du flamenco, tandis que leur âme revêt le cante jondo, ce chant profond de l’Andalousie, pour exprimer une peine intérieure que les mots ne parviennent pas toujours à traduire.


Qui n’a jamais ressenti la tension entre ce que l’on est profondément et ce que l’on attend de nous ? Pour de nombreuses femmes, cette question prend une dimension particulière, qu’elles soient confrontées aux attentes sociales, aux traditions familiales ou aux transformations liées à un parcours migratoire : comment préserver son héritage tout en se donnant le droit d’évoluer ?

 

Quand la danse devient un chemin vers soi


Après l’exil, le rapport à la danse peut se transformer. Elle devient un trait-d’union entre la culture d’origine et la société d’accueil. Elle s’impose alors comme un pont vivant entre les mondes, permettant de préserver ses racines tout en s’ouvrant à de nouveaux horizons.


Pour certaines femmes, notamment celles qui ont vécu un déplacement entre plusieurs cultures, la danse devient une redécouverte de soi. Après avoir appris à contrôler leurs gestes, leur apparence et leur présence dans l’espace public, elles retrouvent peu à peu le plaisir simple de bouger librement et de renouer avec une part d’elles-mêmes longtemps contenue.


Je garde le souvenir d’un tournant important dans ma vie, arrivé avec douceur à l’approche de la quarantaine. C’est à cette période que j’ai commencé à danser, comme le dit le proverbe : « danser comme si personne ne nous regardait ». La danse est devenue un refuge précieux, une source d’équilibre pour mon corps, mon esprit et mon monde intérieur. Peu à peu, elle a contribué à façonner la femme que je suis aujourd’hui.


J’ai grandi dans un environnement où, même au rythme du disco, le corps devait rester mesuré. Avec le recul, j’ai compris que mon adolescence avait été traversée trop rapidement, sans avoir pleinement connu cette liberté d’expression et d’épanouissement que procure le mouvement. Une réflexion de Dany Laferrière dans L’énigme du retour résonne particulièrement avec ce sentiment :

« mon enfance me manque plus cruellement que mon pays ».

Car parfois, ce que l’on cherche à retrouver ne se trouve pas seulement dans un lieu perdu, mais dans une part de soi longtemps oubliée, qui revient doucement à la lumière au fil des années.


J’ai ressenti le besoin de renouer avec une part oubliée de moi-même et de retrouver cette liberté intérieure. Danser est devenu une manière de me reconstruire, de revivre et, enfin, de me réapproprier mon corps autrement.


Figures féminines emblématiques de la danse à travers le monde


L’influence du cinéma et de la danse égyptienne rayonnait jusqu’au Liban, entrant dans les foyers par les écrans de télévision et franchissant les frontières culturelles. Elle enrichissait l’imaginaire collectif et faisait naître chez de nombreuses jeunes filles des rêves d’expression et de liberté.


Trois grandes figures du cinéma égyptien des années 1950 et 1960 ont profondément marqué et popularisé le Raqs Sharqi[2], la « danse orientale » : cet art fondé sur la fluidité des bras, la souplesse du mouvement, l’élégance du voile de soie et les costumes de scène ornés de sequins et de perles scintillantes.


Je pense ici à Samia Gamal, dont la grâce semblait prolonger la musique elle-même ; à Naïma Akef, dont la virtuosité associait l’acrobatie à la danse avec une énergie saisissante ; et à Tahia Carioca, incarnation d’une féminité libre et affirmée. Chez elle, cet art dépassait le simple divertissement : il devenait une manière d’occuper l’espace public avec force, intensité et caractère, à travers un langage corporel expressif et profondément théâtral. Enfant, je l’admirais avec fascination. Elle osait exister pleinement par sa danse, portant dans chacun de ses gestes une liberté discrète, mais profondément assumée.


Au-delà de leur talent artistique, ces femmes ont influencé plusieurs générations.


Il me paraît impossible de parler de la danse orientale sans évoquer sa richesse libanaise, tant elle porte une âme et une sensibilité particulières. Née de rencontres entre l’Orient, la Méditerranée et la modernité, elle se révèle par la vivacité de ses gestes, la fluidité de son expression et une musicalité qui semble habiter chaque pas.


Mais sa particularité réside aussi dans l’expression du visage : le regard raconte une histoire, le sourire confie une émotion, et chaque geste devient le porteur d’un héritage culturel.


La danse comme langage universel de l'émancipation


Si cette tension entre l’expression du corps et le regard social traverse les cultures arabes, elle se manifeste également dans bien d’autres régions du monde.


Parler de la femme dans le flamenco, c’est évoquer une histoire de dépassement, de caractère et de révolution artistique. Tel qu’il s’est façonné au fil du temps, le flamenco doit beaucoup à la puissance expressive, au tempérament et à la créativité des femmes qui l’ont porté, transformé et réinventé.


L’Espagnole Carmen Amaya incarne l’une des plus grandes figures de cette métamorphose. Avec son style épuré, puissant et profondément instinctif, elle marque une rupture majeure dans l’histoire du flamenco. Surnommée « La Capitana », elle bouleverse les codes établis en s’appropriant le zapateado — Ces martèlements rythmiques des pieds qui donnent au flamenco sa force percussive — avec une puissance et une rapidité rarement associées aux danseuses de son époque. Chaque frappe devient une affirmation de soi, portée par des mouvements de bras expressifs et une présence scénique magnétique.


Dans sa danse, le corps et l’âme ne faisaient qu’un. Elle exprimait la passion, la résilience, la rage de vivre et une profonde mélancolie. Sa silhouette, souvent vêtue d’un pantalon court, imposait une esthétique nouvelle, à la fois brute, audacieuse et universelle. En faisant rayonner le flamenco bien au-delà de ses frontières, elle démontra que la danse féminine pouvait incarner une puissance libre, souveraine et profondément humaine.


À l’autre bout du monde, le carnaval de Rio raconte une autre manière de célébrer le corps féminin. Dans les rues brésiliennes, les danseuses de samba font vibrer la foule par la rapidité de leurs pas, leur énergie débordante et leur joie communicative. Leurs costumes, éclatants de couleurs, de paillettes et d’ornements, transforment leur silhouette en une véritable œuvre vivante. Ce qui dépasse cette esthétique spectaculaire, c’est la puissance du mouvement qui demeure essentielle. Chaque geste traduit un lâcher-prise, une manière de célébrer son identité et d’exprimer une liberté pleinement vécue, où le corps devient le reflet d’une identité, d’une fierté et d’un héritage commun.


Du flamenco à la samba, de la danse orientale aux traditions libanaises, cet art du mouvement s’impose comme un langage universel d’affirmation. Il devient ainsi un moyen pour les femmes d’exprimer leur identité, leur résilience et leur aspiration à la liberté, tout en portant un héritage transmis par leurs ancêtres.


Le langage silencieux du corps


La danse n’accompagne pas seulement les moments de joie. Dans certaines traditions, elle devient aussi une façon de donner un sens à l’absence, de traverser la douleur et d’honorer la mémoire de ceux qui nous quittent.


Dans la culture libanaise, la zaffé[3] est avant tout le cortège festif du mariage. Au son des percussions, des chants et de la danse, elle célèbre l’union des époux et leur entrée dans une nouvelle étape de leur vie.


Il arrive toutefois que ce rituel prenne une tout autre signification. Lorsqu’un jeune décède avant d’avoir connu le mariage, certaines familles transposent symboliquement la zaffé aux funérailles pour apaiser le sentiment d’un destin interrompu.


Dans une société où le mariage des enfants représente souvent l’accomplissement d’une vie familiale, la perte d’un enfant célibataire laisse le deuil d’un avenir à jamais inachevé. Le cercueil, souvent blanc, devient alors le symbole de cette union qui n’aura jamais lieu. Porté sur les épaules, bercé au rythme des percussions, il accompagne un dernier passage où la célébration de la vie rejoint la douleur de la séparation.


Je garde encore le souvenir des porteurs de cercueil traversant ma rue en direction de l’église, située en diagonale de notre maison. Les pleurs accompagnaient leurs pas, mais ce cortège exprimait aussi l’amour, la mémoire et le respect envers celui ou celle qui s’en allait.


Même face à la mort, la danse demeure un langage. Elle porte la douleur, soutient les vivants et accompagne les disparus dans un dernier geste d’amour.


Au-delà du deuil, le geste rituel peut aussi apaiser, rassembler et reconnecter chacun à soi-même.


C’est ce que j’ai découvert dans un spa nordique de Chelsea, au Québec, à travers l’Aufguss[4], une cérémonie thermique où des infusions aromatiques d’huiles essentielles se mêlent à la vapeur, enveloppe les sens et ou le mouvement devient une forme de méditation.


Au rythme de la musique, l’Aufgussmeister[5],  fait danser sa serviette pour diriger des vagues de chaleur parfumées dans le sauna. Ses gestes, précis et harmonieux, transforment la vapeur en une véritable chorégraphie sensorielle où la danse n’est plus destinée à être regardée, mais à être ressentie.


Du cercueil porté au rythme des percussions à la serviette qui trace des arabesques dans la vapeur, ce langage du corps accompagne les passages les plus intimes de l’existence : il célèbre la vie, apaise la douleur, rassemble les êtres et laisse une empreinte durable.


Conclusion


La place que la femme occupe dans la danse révèle une infinité d’émotions, d’histoires et d’expériences humaines. À travers les cultures, les continents et les générations, le geste devient un langage qui dépasse les frontières. Derrière chaque rythme, chaque mouvement et chaque chorégraphie se dévoilent une mémoire, une identité et une manière unique d’habiter le monde.


La danse, sous toutes ses formes, porte en elle une richesse culturelle et humaine. Trop souvent réduite à une simple représentation du corps, elle mérite d’être reconnue comme un art à part entière, porteur d’histoire, de musicalité et d’une profonde expressivité. Elle devient une rencontre entre le corps, l’âme et l’héritage culturel, révélant la force de celles et ceux qui choisissent de se réapproprier leur mouvement.


Au fil des cultures, des femmes ont fait de la danse un espace d’expression et d’affirmation. Elles ont déplacé les limites et démontré que le corps féminin pouvait être bien plus qu’un objet du regard: il pouvait devenir une voix, une création et une forme de liberté. Par leur art, elles ont transformé les perceptions et ouvert la voie à celles qui, avant elles, n’osaient pas toujours prendre pleinement leur place.


Avec la modernité, ces danses continuent de voyager et de se réinventer. Au Québec, le baladi, par exemple, a dépassé son cadre culturel d’origine pour rejoindre des femmes de tous horizons. Enseigné dans plusieurs régions, il est devenu un patrimoine vivant, partagé et transmis. Comme la dabké, qui rassemble les générations autour d’un sentiment d’appartenance, le baladi démontre que les traditions ne sont pas figées : elles évoluent avec celles et ceux qui les font vivre.


La danse, avant d’être une tradition, est d’abord une impulsion humaine naturelle. Dès l’enfance, avant même de connaître les codes culturels, l’être humain répond instinctivement au rythme et au mouvement. Elle traverse les langues, les croyances et les parcours personnels. Car ressentir, bouger et exprimer son corps n’appartiennent à aucune culture particulière : ce sont des manifestations profondes de l’humanité, présentes partout où l’être humain cherche à se dire.


Aujourd’hui, je suis souvent parmi les premières à rejoindre la piste de danse et parmi les dernières à la quitter. Avec le temps, j’ai compris que danser ne signifiait pas seulement suivre une musique, mais retrouver une énergie, libérer les tensions et renouer avec soi-même. La danse est devenue une forme de respiration intérieure, un espace où le regard des autres s’efface pour laisser place à une présence retrouvée.


Au fond, danser, c’est peut-être renouer avec la part la plus essentielle de notre être, celle qui existe avant les mots. C’est laisser émerger cet espace intime où l’âme et le corps peuvent enfin se rejoindre.


Comme l’écrivait Friedrich Nietzsche :

« Et ceux qui dansaient furent considérés comme fous par ceux qui ne pouvaient entendre la musique. »

Peut-être réside-t-elle ici, la véritable force de la danse : dans cette capacité à donner une voix à celles et ceux qui osent écouter leur propre rythme, même lorsque le monde autour d’eux demeure encore sourd à leur mélodie.


Bibliographie

 

▶︎ Annexes Lexique



Notes


[1] Une danse traditionnelle du Moyen-Orient.

[2] Danse de l’orient.

[3] Procession festive libanaise, rythmée par des tambours, des chants et de la danse, traditionnellement organisée pour célébrer un mariage ou honorer un défunt.

[4] Rituel de sauna allemand associant projection d’eau aromatisée sur des pierres chaudes et brassage de vapeur à la serviette.

[5] Professionnel du bien-être qui anime le rituel de l’Augfuss en gérant la chaleur, les huiles essentielles et le brassage de la vapeur.

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