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Synthèse et présentation en langue française par Sandra Rey, des collections d’ouvrages "L’IMPENSÉ AU PRÉSENT" | "L’IMPENSABLE, LE POSSIBLE ET LE PROBABLE" de Mohamed Zinelabidine

Updated: Oct 14


Sandra REY








Pr. Sandra Rey

Professor of Higher Education in Theory and Art History and Director of the Research Group


Titulaire de la Chaire ICESCO-UFRGS « Art et Nature, Processus Hybrides »




Présentation et synthèse en français : Sandra Rey


PRÉSENTATION



La présentation de la Collection des livres publiés dans la Collection Hypothesis « L'Impensé au présent », TRIALOGUE entre Francis FUKUYAMA, Mohamed ZINELABIDINE et Samuel HUNTINGTON, autant que « L'Impensé, le possible et le probable » avec Trialogue entre André MALRAUX, Mohamed ZINELABIDINE, et Edward SAïD, nous offre un aperçu dense des œuvres récentes de cet artiste et intellectuel aux multiples facettes. Mohamed Zinelabidine est titulaire d’un parcours académique très riche, notamment par l’obtention de trois doctorats, un premier en « Théories esthétiques et philosophiques de la musique arabo-musulmane (VII-XIIIè.s.), soutenu à l’Université Paris-Sorbonne en 1995, un deuxième doctorat en « Sociologie politique et culturelle », soutenu à l’Université Sorbonne Paris V -Descartes en 1998, et un troisième en « Esthétique et géopolitique », soutenu à l’Université Paris I- Panthéon-Sorbonne, en 2004. Il a également soutenu une Habilitation à Diriger les Recherches en « Esthétique, Sciences et Théories des Arts » à Paris 8-Vincennes (2001). Il est universitaire notoirement réputé, et ministre des Affaires culturelles de Tunisie (2016-2020), en plus de son parcours d’artiste, compositeur. Actuellement directeur de Culture et Communication de l’ICESCO, sa trajectoire féconde et diversifiée se concentre autour du respect qu’il nourrit à la diversité culturelle, du déploiement d’efforts pour construire des ponts entre l’Orient et l’Occident et de la défense intransigeante de la paix entre les peuples.

Pour le document qui suit, nous pouvons le lire à la fois comme un catalogue raisonné de ses publications récentes, mais aussi en tant que manifeste de son projet intellectuel central, qui propose de repenser les relations culturelles et civilisationnelles. L'approche narrative, nourrie à travers des extraits de préfaces rédigées par d'éminentes personnalités académiques, associées à des institutions académiques prestigieuses, consiste à mettre en lumière la richesse et la diversité des sujets articulées autour de « l’Impensé ». Il propose une forme d'"Intersubjectivité" en déployant un imaginaire et une créativité qui cherchent à favoriser un "Être pluriel", loin de la barbarie et de l'extrémisme, en valorisant le "symbolique", l''émotionnel", l'"imaginal" et l'"affectuel". Mohamed Zinelabidine place l’art et la culture en tant que vecteurs au cœur de son projet de transformation sociale et politique. À ce propos, Eliane Chiron souligne que, pour lui, "c'est à l'art d'humaniser le politique et réconcilier plutôt que de chercher à creuser les différences et raviver le ressentiment". En effet, repenser les relations entre Orient et Occident à travers le prisme de l'art, de la culture et de la défense des identités plurielles ; s’impliquer dans l’avertissement à propos des paradigmes dominants, notamment ceux qui ont été popularisés par des figures comme Francis Fukuyama et Samuel Huntington, s’avère d'une grande pertinence face aux menaces multiples qui sombrent le monde contemporain. L’effort s'inscrit dans un dialogue crucial sur les relations interculturelles, soutenue par la critique de l'hégémonie occidentale, et par la proposition d’une redéfinition des identités à l'ère de la mondialisation.

En fin de compte, je pense son œuvre en tant qu'éloge à l'humanisme, à l'art, à la science, aux lettres et à la poésie, ainsi qu'à l'esprit de « confluentia », cette confluence des mondes oriental et occidental à travers les arts et les sciences. Mohamed Zinelabidine nous invite à une réflexion continue sur notre identité, notre histoire, et notre capacité à construire un monde plus juste et plus harmonieux, et, somme toutes, la synthèse de son œuvre polymorphe et visionnaire, nous convie à une exploration exigeante mais passionnante des profondeurs de l'esprit humain et des dynamiques culturelles, nous rappelant inlassablement la puissance de l'art et de la pensée pour forger un humanisme renouvelé, capable de réconcilier les héritages et d'inventer un avenir commun fondé sur la compréhension mutuelle et le respect inconditionnel de chaque singularité.



CREDITS

Cadre : Les Salons de la Sorbonne

Edition : Sotumédias

Collection : Hypothesis Auteur : Mohamed Zinelabidine

Présentation et synthèse : Sandra Rey

Traduction en portugais : Sandra REY Traduction en espagnol : LILIAN CONTRAIRA Traduction en anglais : Daniela KERN Traduction en allemand : Eduardo SPIELER Traduction en arabe : Mohamed ZINELABIDINE / Révision de la traduction en arabe : Abderrahman TENKOUL


Sandra Rey vit à Porto Alegre, au Brésil

Sandra REY est universitaire et artiste brésilienne, vivant à Porto Alegre. Titulaire d’un doctorat en Arts et Sciences de l’Art de l’ Université Paris I-Panthéon Sorbonne, elle est professeure invitée au Programme Doctorale en Arts Visuels à l’Université Fédéral du Rio Grande do Sul. Titulaire de la Chaire ICESCO-UFRGS « Art et Nature, Processus Hybrides ». Membre de l’AICA (Association Internationale de Critique d’Art) et de l’ABCA (Association Brésilienne de Critique d’Art). Ancrée sur les relations entre art, nature et culture, la production artistique de Sandra Rey englobe des technologies et supports variés, en produisant des œuvres grand format, dessins, vidéos, installations et livres d’artiste, et également la dimension performative de l’écriture, fondée sur l’analyse critique du processus de création personnelle et d’autres artistes, tout en explorant les structures historiques et idéologiques de l’époque contemporaine. Depuis 2004, elle développe ses recherches artistiques en tant que chercheuse au CNPq, au Brésil (Conseil National de Développement Scientifique et Technologique).






« L’IMPENSÉ AU PRESENT »


_ Mohamed ZINELABIDINE



Ainsi, les dernières années auront été bien fécondes en productions scientifiques pour Mohamed ZINELABIDINE. Après avoir quitté ses fonctions de ministre des affaires culturelles de la République tunisienne 2016-2020, il a d’abord publié une collection de sept ouvrages, « Trialogue Francis FUKUYAMA, Mohamed ZINELABIDINE et Samuel HUNTINGTON », (éd. Sotumédias, 2000-2022), où l’auteur revient sur trente ans de vie intellectuelle, universitaire, artistique et politique. Ensuite, il a publié « Correspondances André MALRAUX/ Mohamed ZINELABIDINE », (éd. Sotumédias, 2023), soit un traité de politiques culturelles comparées. Son neuvième ouvrage a porté la réflexion sur « La Tunisianité au pluriversel », (éd. Sotumédias, avril 2024), alors que le dixième est « Correspondances Edward SAÏD et Mohamed ZINELABIDINE », (éd. Sotumédias, avril 2025).


Textes réunis, conférences et créations notamment aux Universités de la Sorbonne, Paris Vincennes, Institut du Monde Arabe à Paris, Haus der Kuturen del Welt à Berlin, York University (Toronto- Canada), Duke University (Caroline du nord-USA), Georgetown University (Washington- USA), Université de Taipei (Taiwan), d’autres universités et instances culturelles en Italie, Malte, Russie, Suisse, Allemagne, Belgique, Corée du Sud, Chine, Egypte, Jordanie, Maroc, Emirats-Arabes-Unis, Sénégal, Côte d’Ivoire… Ouvrages dont les préfaces ont été rédigées par d’éminentes personnalités scientifiques dont Françoise BRUNEL, Fathi TRIKI, Eliane CHIRON, François DE BERNARD, Benjamin BROU, Sanae GHOUATI, Gérard PELE, Abderrahman TENKOUL, Bouaza BENACHIR et Edith LECOURT. Il y développe des parcours anachroniques depuis les années 1992, et des prises de position sur ce qu’il considère comme « L’Impensé » dans les approches sociologique, politique, philosophique, poïétique, génésique et coenesthésique. Un « Trivium », reliant « Impensé », «Hypothesis» et « Epître », comme ponts, leviers de recherche et de création autour des savoirs et des arts entre Orient et Occident. (Im)penseur et artiste, il déploie son imaginaire et sa créativité à la rencontre des « cultures » dont il s’inspire, pour croire au songe partagé d’un « Être pluriel », loin de la barbarie, de l’extrémisme et de l’obscurantisme, de toute part. C’est ce qu’il tente de combattre, par la prévalence du « symbolique », de « l’émotionnel », de « l’imaginal » et de « l’affectuel ». Il répondra ainsi aux thèses de la fin de l’homme, la fin de l’histoire, du choc des civilisations, par une forme d’Intersubjectivité et par l’esprit de « L’Impensé ». La mise entre parenthèses et hypothèses (hypothesis en latin emprunté au grec hupothesis) pour vérifier le lien émotionnel à la communication esthétique, comme lieu de transversalité et de récurrence entre opposition et glissement culturels. Cet « Impensé », ou pure impression, imperceptible et impensable, sans être absurde, comme moment de la perception, selon Maurice Merleau-Ponty. Une certaine manière à « l’Impenseur » qu’il est d’être confronté, heurté à l’inadmissible, à l’impensable, selon André Gide. Une autre manière d’aller croiser Santiago Espinosa, entre impensé, être et paraître pour intégrer l’irrationnel et le non-philosophique au profit d’un « Raisonner » autre, et autrement.  Un parcours qui a conduit l’auteur aux différentes universités de la Sorbonne (Université Sorbonne Paris IV, Université Paris Descartes- Sorbonne Paris V, Université Paris I- Panthéon Sorbonne et Université Paris Vincennes) où il a soutenu ses recherches doctorales et postdoctorales. Nourri au verbe, au sceau de la pluriversalité, de la diversalité, de la pluralité et de la pluridisciplinarité, faisant parler, correspondre et confluer les mondes oriental et occidental. Il ne comprend pas la réaction, voire l’attitude de certains intellectuels occidentaux vis-à-vis de sa culture d’origine et ce dont elle se trouve accusée. La « Collection Hypothesis », uvres et ouvrages sur « l’Impensé », se voudraient un argumentaire pour un humanisme mieux partagé. La mondialisation, l’homogénéisation, la modélisation, la marchandisation outrancières ont terni le monde de toutes sortes d’intérêt, haut lieu du devoir des Etats et des multinationales y afférentes et regroupées. Il n’est point ici question de rejeter la globalisation en entier. En revanche, arguments à l’appui, il en fait une lecture relative, dévoile un sens faiseur et bâtisseur de son propre engagement en faveur d’un « Être-ensemble » humaniste, moins oppresseur, moins hégémonique, plus compréhensif, moins explicatif, et davantage solidaire des femmes et des hommes d’un monde aujourd’hui abasourdi, car de plus en plus incertain. Il fait ainsi des « savoirs » et des « arts humanistes » des moteurs vaillants, des sens saillants pour un engagement indéfectible de changement. « La Fondation LE MANDEL’ART » et « Les Salons de la Sorbonne » dont Mohamed ZINELABIDINE a été initiateur, depuis 2012, relèvent de cette ambition partagée avec universitaires, artistes et chercheurs qui brûlent du même feu. Ils en témoignent ici, dans ces extraits de préfaces rédigées pour la « Collection Hypothesis » et sa revue sur « L’Impensé ».


Dans sa préface de « L’Impensé politique », Eliane CHIRON, Professeur émérite et directrice du Centre de recherche en Arts visuels à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne, a écrit: « Que Mohamed ZINELABIDINE, tout récemment ministre des Affaires Culturelles de Tunisie, loué à l’UNESCO pour son bilan, par ailleurs artiste, compositeur, docteur en musicologie, docteur en sociologie, s’interroge sur « l’Impensé Politique », voilà qui n’est pas ordinaire. Peut sembler déconcertant. Car sans relâche, sans se complaire d’une action pourtant de grande ampleur, il pose encore des questions. D’un même élan, la réflexion se distancie de l’action politique, scinde sans le rompre le lien entre une respiration méditative d’artiste et l’agir concret d’un ministre… Or l’artiste-chercheur qu’est Mohamed ZINELABIDINE ne peut se satisfaire de cette lacune, portée par Huntington hissant l’étendard du « choc des civilisations ». D’où l’urgence à ses yeux d’« essayer de comprendre la dimension plurielle du social en privilégiant des thèses communes à l’imaginaire, à l’émotion, aux affects, au sensible, et ce au-delà des pensées convenues et des sciences catégoriques ». Car « c’est à l’art d’humaniser le politique et réconcilier plutôt que de chercher à creuser les différences et raviver le ressentiment. »


Pour introduire « L’Impensé sociologique »Françoise BRUNEL historienne des révolutions et Vice-Présidente de l’Université Paris 1-Panthéon Sorbonne, a écrit : «… Dans le sillage de la phénoménologie de Merleau-Ponty, évoquée dès le Prélude, le Professeur Mohamed ZINELABIDINE, artiste et chercheur, universitaire-médiateur culturel et acteur remarqué de la Culture dans les hautes fonctions de ministre de la République tunisienne, entend se départir des modélisations parfois rigides qui menacent sociologues, anthropologues ou historiens, choisissant les Signes comme autant de possibles. L’auteur « impenseur » se réfère, toutefois, au rationalisme des « Lumières » dès le sous-titre « De l’esprit du droit » et, par Montesquieu qui, pourtant, ignorait Ibn Khaldoun, retrouve cet esprit d’encyclopédisme dont on a dit qu’il était l’un des flambeaux des « Lumières » de l’Islam : les lois, dit Montesquieu, « dans la signification la plus étendue, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses » (De l’Esprit des lois, I, 1). Si les neuf Épîtres de cet ouvrage dédié à « la réforme du statut de la femme en Tunisie au XXe siècle » sont adressées à la société tunisienne, elles ne peuvent laisser indifférentes les autres sociétés méditerranéennes, si proches, mais aussi lointaines, malgré la prégnance d’un long passé commun, par leurs structures socio-culturelles. »


Alors que le philosophe Fathi TRIKI, titulaire de la Chaire UNESCO de philosophie pour le monde arabe,  a cherché à contextualiser « L’Imbroglio des cultures » en ces termes : « Pour saluer la pertinence du livre de Mohamed ZINELABIDINE, Imbroglio culturel et malentendu historique et en guise de préface, je voudrais contribuer à cette belle réflexion sur le malentendu du « transfère » des arts et des lettres à l’Occident par le canal de la civilisation arabe, que certains intellectuels et historiens occidentaux essaient, en vain, de nier.  A vrai dire cette question concerne tous les domaines de l’intelligence ce qui a fait dire à Mohamed ZINELABIDINE que, finalement son projet est de « Repenser les lettres et les arts à travers « L’Impensé philosophique » et théorique, pour approcher le legs gréco-arabe et l’impact qu’il a pu exercer dans l’histoire ». Par impensé, il veut dire une certaine intuition forte de supplanter à l’identité figée cette catégorie plus dynamique et propice au changement, à l’adaptation et à la création. Ma contribution à cette excellente analyse, à cette « herméneutique » difficile et pas toujours concluante puisque la problématique reste ouverte, consiste à éclairer trois points nodaux, le premier et le plus important met en relief l’introduction de cet impensé philosophique en Occident, le second propose une manière de définir la notion d’Occident et le troisième concerne le concept d’interculturalité. »


Le Professeur François de Bernard, pour sa part, écrivain et philosophe, président du GERM, Groupe d’Etudes et de Recherche sur les Mondialisations, écrira dans cet extrait de préface de « L’Impensé poïétique » : « Redoutable défi, celui que nous adresse Mohamed ZINELABIDINE avec son Impensé poïétique ! Celui de penser, malgré tout (disputes philosophiques, controverses historiques, contradictions politiques, paradigmes universitaires, barrières économiques et disciplinaires) : l’impensé du rapport à l’œuvre d’art, son angle mort ou coin aveugle. Lumière aveuglante qui menace d’abolir toute différence, de gommer toute diversité, et singulièrement cette diversité culturelle redevenue naguère, après un tunnel interminable, un oubli coupable, une réduction pathétique, une mise à l’écart emblématique : l’Objectif à nouveau largement partagé par la communauté internationale, le vecteur assumé d’une Paix durable, éminent au point de se voir solennellement réaffirmé comme sujet irréfragable d’un droit humain inaliénable. Redoutable gageure, également, que d’associer la question du Destin à celle du poïétique, en un temps où les mots d’ordre administratifs et politiques les plus confus nous enjoignent toujours plus à nous concentrer exclusivement sur les seules pratiques culturelles, leur diffusion, leur « accessibilité », au détriment… de toute réflexion sur le sens, l’à-venir, voire… le destin même de ces pratiques ! Le nouveau Janus bifrons peut alors affirmer avec conviction et clarté : « L’artiste-penseur me paraît, en réalité, un impenseur donnant sens et non-sens au vide, au silence, à la solitude, à la projection, à l’attente qu’il essaye de redéployer et dont il arrive à reconfigurer les paradigmes, les éléments pour faire de l’absence une présence au métalangage. »


Professeur Sanae GHOUATI, présidente de la Coordination des Chercheurs sur les Littératures Maghrébines et Comparées, Université Ibn Tofayl, situera dans cet extrait de préface choisie l’ouvrage « Socialité et Zeitgeist, la fin d’une épistémè » : « Mohamed ZINELABIDINE réinterroge les concepts majeurs de notre modernité en saisissant ses angles morts et en détraquant ses zones obscures. C’est une réflexion épistémologique sur les questions relatives au glissement de la sociologie à la socialité, de la modernité à la postmodernité ; à la fin d’une époque, au changement de la perception du sens de l’histoire et l’entrée dans un nouvel anarchisme où l’on a du mal à nommer les choses, où le langage se désagrège et devient opaque car les choses mêmes qu’il nommait n’existent quasiment plus.  Ne dit-on pas « mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde ?». L’absence de sens vient à marquer ce tremblé au sein de la parole qui fait vibrer l’institution symbolique, la mettant en résonnance profonde avec l’expérience vécue. Jean Baudrillard n’avait-il pas prédit la liquidation de tous les référentiels dans son livre, Ô combien actuel, Simulacres et simulations ? Le progrès déraisonnable et immodéré de l’intelligence artificielle, sous toutes ses formes, a délogé le réel au profit d’un monde virtuel où une société imaginée remplace la vraie, trop morose souvent, car trop réaliste.….A l’horizon de ces disparitions et face à la dégénérescence d’un système stérile, Mohamed ZINELABIDINE esthétise tout de même un moment qui demeure humain ; tant qu’il reste un regard pour l’abreuver, une parole pour le secouer et un imaginaire pour réinventer l’infini des univers : l’art et la culture restent la seule forme de survivance et de sociabilité à l’écoute des innovations possibles venues d’ailleurs. Il revendique pour le reste, une pensée loin des bien-pensances instituées et des prêt-à-penser modernes, bref, une pensée capable d’engendrer l’« Impensé » et d’améliorer la vie de l’homme au sein d’une société non encore corrompue… Je dirai que Mohamed ZINELABIDINE le chercheur, l’universitaire de renom, le « savant » en terme wébérien, sociologue, enseignant, musicologue, musicien, peintre… est tout aussi pertinent, lumineux et illuminant, limpide et rayonnant que le politique, ministre et homme d’action et de gestion qu’il est ! »


Benjamin BROU, professeur à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne, a écrit pour la préface de l’uvre et ouvrage « Thébaïde » : « L’ouvrage Thébaïde porte sur le voyage, l’itinérance et la correspondance des idées, des lettres et des arts, dans l’impensé du vécu et du créatif. Thébaïde est ici ce voyage des sens, des arts et des savoirs à travers l’itinérance de nos vies, si courtes, si vraies, si chargées. Il permet ainsi de réfléchir sur l’être, ses passages, son lieu et sa disposition d’esprit en tant que dispositif de création. Thébaïde offre des points d’ancrage et des repères sur la pensée intellectuelle et poétique africaine. Il met en évidence les moments forts de la présence africaine dans la création littéraire et l’appropriation de son histoire. Point n’est question dans cet ouvrage, de textes ni de pensées mis bout à bout. Cet ouvrage Thébaïde est une pensée complexe non réductible à une science, ni à une philosophie ; il s’articule à une pensée qui permet des intercommunications en opérant des boucles auto-productives au sens d’Edgar Morin. Loin d’un παράπονο, Thébaïde de Mohamed ZINELABIDINE est à la fois une élégie et un chant d’espérance pour l’Afrique. C’est le cri d’espoir des arts et de la culture pour l’Afrique depuis son Septentrion ».


Dans « Coruscation de Goethe », un ouvrage de synthèse des différents écrits précédents, Gérard PELE, professeur émérite à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne précise : « En faisant la synthèse de ses ouvrages sur son « trialogue » avec Francis FUKUYAMA et Samuel HUNTINGTON, Mohamed ZINELABIDINE nous propose un ouvrage intitulé « L'Impensé au présent ». Remarquons d'emblée qu'il ne prétend pas affirmer qu'il nous délivre l'impensé « du » présent comme s'il en détenait la vérité, mais qu'il se limite à nous en proposer une lecture fondée sur son expérience, depuis ses études universitaires jusqu'à ses actuelles responsabilités à L'ICESCO, en passant par l'enseignement, la direction d'établissements universitaires et ses fonctions de ministre des affaires culturelles en Tunisie. Et cette expérience est marquée un « éclat vif », passager mais constamment renouvelé, constitué par l'incandescence de sa pensée mise au contact des cultures des différents pays avec lesquels il a entretenu de nombreuses collaborations. Ensuite, c'est bien cette fréquentation de diverses cultures qui l'a conduit à examiner les thèses de Francis Fukuyama et Samuel Huntington, dont l'apparente opposition ne doit pas leurrer sur leur accord profond en ce qui concerne une supposée perfection de la « démocratie libérale » dans sa version occidentale. En effet, Francis Fukuyama et Samuel Huntington ont tous deux soutenu les aventures belliqueuses de leur nation et, par conséquent, envisagé, chacun à sa manière, l'utopie d'une « paix universelle » qui en serait l'issue... »



 

« L’IMPENSE, LE POSSIBLE ET LE PROBABLE »


_ Mohamed ZINELABIDINE

 


Ce sera son huitième ouvrage, et pour introduire « Correspondances André Malraux/ Mohamed ZINELABIDINE », Pr Abderrahman TENKOUL, éminent universitaire marocain et président des Universités, écrit: « A la lecture des ouvrages de Mohamed ZINELABIDINE, on ne peut ne pas croire qu’il est en train de s’imposer, incontestablement, comme l’un des penseurs les plus importants à l’époque actuelle. Cela fait quelques années déjà qu’il est passionnément investi dans un projet de relecture approfondie traquant les non-dits de la pensée occidentale, ses impensées, ses apories et ses contradictions. Le projet est innovant et de grande envergure. Il va encore plus loin que ce que nous proposaient par exemple quelques intellectuels arabes de renommée mondiale tels: Mohamed Arkoun, Abdelkébir Khatibi, Edward Saïd et Abdelwahab Meddeb. D’une part, il vise à mettre en évidence les limites d’un certain nombre de courants d’idées et d’épistémès qu’on considérait (au regard de certaines figures totémiques qui les incarnent) comme incontournables quant à l’approche des réalités de notre temps. D’autre part, il s’attèle à baliser la voie vers un horizon de pensée autre - tournées vers l’avenir et ses lueurs d’espoir. Il le fait avec rigueur, érudition et un sens critique poignant récusant toute allégeance à une quelconque doctrine, à une quelconque doxa. Ce qu’il privilégie plutôt dans cette perspective, c’est la recherche d’une synergie fécondante entre philosophie, art, imaginaire, pensée et culture. Sans qu’on s’en rende compte peut-être, il nous semble amorcer par ses travaux un changement inédit des dispositifs cognitifs et heuristiques à l’œuvre dans le domaine des sciences humaines et sociales. Nous lui devons certes, grâce à cet élargissement des paradigmes d’analyse de la connaissance, une perception plus des enjeux auxquels l’homme est confronté en ce XXIème siècle. Mais aussi une compréhension plus subtile et pertinente de nos responsabilités et des initiatives à entreprendre pour fonder de nouvelles valeurs, susceptibles de générer moult apports enrichissants pour les hommes, les femmes, les sociétés en général et leur rapport au monde. »

Dans l’ouvrage « Correspondances André MALRAUX/Mohamed ZINELABIDINE», il est question d’une problématique autour de la culture, de la politique culturelle, dans le dessein d’en interpréter les formes de subjectivisation et de concrétisation humaines et sociales, vérifiables sur le terrain des réalités et des réalisations. Vécue pour être peu pensée, alors qu’elle est fortement représentée, la culture ne cesse de poser nombreuses interrogations sur l’essentialité, la modalité, la récurrence, quant aux sens à pourvoir et aux attributions à donner. Cet ouvrage a tenté donc d’affranchir au cœur vaillant de « L’Etat de la Culture et de la Culture de l’Etat », les justifications d’une décision, les mobiles d’une action, afin de susciter une certaine prise de conscience des jeux et enjeux référés, à la double dimension holistique et inclusive, sans doute, mais également partant des acceptions théoriques et conceptuelles du fait culturel, des dimensions intellectuelles, idéelles, humaines et politiques comparées. Et c’est tout l’intérêt du projet, c’est qu’il tente de concilier, pour mieux réconcilier, ce qui est savant et ce qui deviendrait pratique, voire analytique.

Alors pourquoi André Malraux ?

Pourquoi ces « Correspondances sur la culture » ?

Quelles prérogatives ?

Quel plaidoyer ?

Quelles missions ?

Quelles raisons ?

Quelles implications ?

Quelles actions ?

Quel « Etat de la culture » ?

Quelle « culture de l’Etat » ?

Quelles nuances entre un homme de vision et un   

homme d’action ?

 

Pour l’auteur :

« Je ne m’attarderai pas beaucoup ici sur le choix d’André Malraux, auteur de « La Voie royale », en 1930, célèbre « Prix Goncourt » en 1933, pour « La Condition humaine », l’itinéraire incroyable de cet intellectuel dont certaines idées et thèses sont explicitées dans le « Musée imaginaire », « Les Voix du silence », en 1951. Auparavant, une longue expérience comme responsable scientifique et directeur littéraire chez Simon Kra, en 1920. Ami de Jean Cocteau, Paul Morand, entre autres, directeur artistique des Editions du Sagittaire, Malraux a publié les textes de Charles Baudelaire, grand poète symboliste auteur des « Fleurs du mal », il a été directeur des éditions des œuvres de François Mauriac, d’André Gide, auteur lui-même en 1926 de « La tentation de l’Occident » chez Grasset. C’est un homme des lettres et des arts qui a longtemps côtoyé les créateurs, en sa qualité de directeur artistique chez Gallimard, chargé des éditions, des expositions d'art extrême-oriental et d'art contemporain…. La création du ministère français des affaires culturelles avec lui…. André Malraux qui a été à l’origine d’une redéfinition de la culture et de la politique culturelle française, nous sollicite, sa façon de marquer un territoire symbolique des champs du possible. Ma conférence sera d’une approche comparée, donc forcément recoupée entre es théories et pratiques culturelles dans le monde des idées et des réalités. Sur un plan plus contextuel, cet ouvrage reprend aussi une partie du « Cours des politiques culturelles et des stratégies de développement » que j’ai eu l’immense bonheur d’assurer à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis (9 avril), pour les étudiants de « Master en sciences du patrimoine », de 2006 à 2016 avec les professeurs Radhi DAGHFOUS, Abdelhamid FNINA, Hassen Annabi, Khemais Taamallah. Cette Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis (9 avril) ne peut que s’enorgueillir de figurer parmi les plus prestigieuses de sa catégorie scientifique, dans le monde arabe et africain. Fondée en 1958, elle est héritière de l’Ecole des hautes études de 1945, d’illustres professeurs tunisiens continuent de faire sa gloire autant que Frantz FANON, penseur martiniquais, et l’un des fondateurs du mouvement de pensée tiers-mondiste et anticolonialistes qui y a enseigné de 1959 à 1960 alors que Michel FOUCAULT y a enseigné de 1966 à 1968, et c’est à Sidi Bou Said qu’il a écrit son ouvrage célèbre L’archéologie du savoir. »

« Cet ouvrage revendique, selon l’auteur, la lecture et l’interprétation nécessaires aux changements et transformations depuis, ayant été moi aussi, depuis 1986, en rapport étroit avec la pensée, les lettres et les arts, que représente la culture de mon pays et ailleurs dans le monde. C’est ce dont il sera question ici à différents niveaux d’action et d’appropriation. Non sans omettre quelques éléments de référence à l’aire culturelle consécutive, dans le sens du concept en anthropologie culturelle, référence faite à la région géographique et la séquence temporelle, étant établi que la rigueur de l’histoire exige qu’on n’esquive aucun des éléments constitutifs et constituants d’une épistémè dont il est question d’interroger les réalités et les réalisations. Pour autant, aucune prétention que cet ouvrage devienne un argument historique, mais je réclame d’y apporter, pour autant, une réflexion propre et une expérience digne d’intérêt, au carrefour de paradigmes nationaux, sociaux et politiques tout à fait anachroniques. Ce qui en fait une certaine acuité. Seule une approche comparative des politiques culturelles, publiques et privées, permettra de mieux délimiter ses enjeux en cours ». En essayant de repenser les nouveaux rôles de la culture, on déroge au fait de la définir comme une lettre d’intention générale, ou se réclamer d’une approche confuse ou diffuse. Mais plutôt se donner pour ambition de vérifier, par les idées, les concepts, les stratégies, en plus des chiffres et indicateurs d’un exercice assumé.

 

Et pour présenter l’ouvrage « La Tunisianité au pluriversel », Françoise Brunel historienne et vice-présidente de l’université Paris I-Panthéon Sorbonne a écrit : « Artiste et intellectuel, Mohamed Zinelabidine ne redoute pas les champs de réflexion complexes, pas plus qu’il ne craint d’agir pour une Res Publica dont il porte au plus haut les valeurs humanistes. » Le philosophe Fathi Triki, titulaire de la chaire Unesco de philosophie, pour sa part, a précisé : « Mohamed Zinelabidine a réfléchi, tout au long de ce livre, sur l’identité du Tunisien. Avec force, il dénonce la réaction qui a voulu réduire cette identité à une seule expression fixiste. La Tunisianité, pour lui, est cette volonté de dépassement. »

 

Il est clair que Mohamed Zinelabidine prend position fermement, ces dernières années durant, et s’engage intellectuellement, à travers le monde, pour plaider en faveur d’une acception nouvelle de la culture, au coeur d’une herméneutique à même de repenser le monde. Dont une tunisianité pluriverselle contre l’universalisme abstrait occidental, centré et toutes discriminations de culture, d’origine, de genre, pour créer les scissions et opposer l’Orient à l’Occident. La « Tunisianité au pluriversel », pour lui, résume la synthèse d’un monde peu similaire, mais tellement complémentaire, car constamment évolutif. Partant, l’auteur accorde une responsabilité majeure aux chercheurs, aux intellectuels et aux artistes tunisiens dans un tel projet de construire un monde plus ouvert à l’assimilation réciproque, sans hiérarchie des valeurs ni exclusion aucune. Pour autant, il suffira de (re) lire l’histoire et d’en prendre acte. Il a recours à Martin Heidegger dans « Être et Temps » posant déjà la question de la présence au monde. Un monde qui porte un sens suffisant à l’Homme pour qu’il en fasse une propre détermination, projection et aspiration. Il abonde dans ce sens et cette sentence « Deviens ce que tu es ! Ainsi parlait Nietzsche ». C’est censément cette conjonction du poète lyrique grec Pindare s’adressant à Hiéron, confrontée à l’impératif socratique « connais-toi toi-même », que Mohamed Zinelabidine reprend à son compte, non sans omettre « ce que l’on est » et « qui l’on est », selon Hannah Arendt. Mais référence faite au particularisme et à la singularité, les trajectoires historiques et géographiques sauront donner sens, raison et originalité à l’esprit propre. Une Tunisianité qu’il entend non réductible, non simpliste, non fixiste, en phase avec une histoire conjuguée, voire recomposée, entre Orient et Occident. Il en ressort une Tunisianité non circonscrite, constamment en mouvement, toujours régénérée par la force de l’imagination créatrice. Contre la « mêmeté », terme de Paul Ricœur, il revient sur une Tunisianité dynamique et plurielle, faite de «convergences» et d’«ipséité». Hélas, un certain Occident, en se représentant les cultures autres que la sienne, a tendance à invoquer le moins représentatif d’elles, sur fond de clichés rébarbatifs. Et pour prétextes, ses colonisations successives, toutes formes des conservatisme religieux et identitaire, au regard de séparatisme et de décivilisation, souvent à la rescousse.

 

Loin s’en faut, Mohamed Zinelabidine dénonce autant cet euphémisme que le regard réducteur exercé. Il défend l’esprit historique capable de rebondir contre la subordination culturelle, mais invoque, en même temps, l’impératif pour les intellectuels tunisiens de courber l’échine et faire entendre une Tunisianité plus ouverte et davantage décomplexée, autrement audible et intelligible. Pour  l’universitaire et professeur Bouazza Benachir docteur d'Etat es Lettres et Sciences Humaines, Université Paris-1-Panthéon-Sorbonne  : « La lecture de cet opus aréal de l’écrivain et penseur tunisien Mohamed Zinelabidine, présuppose, au travers de son Ante-scriptum, de ses sept Epîtres et de son Post-scriptum, le démantèlement de la chape de plomb qui pèse sur les sciences humaines et sociales, et de faire des brèches dans les préjugés colportés par cette chape pour accéder à la présence de l’« impensé » ou de l’indivisible en particulier dans ces sciences version maghrébine ou arabo-musulmane, en en parlant de différentes façons. Ce livre martèle philosophiquement, esthétiquement, socio-politiquement, de manière plus large que ce qui se fait actuellement, car il effectue des ouvertures à et vers des pratiques épistémiques entées sur une géopolitique du savoir créative et délestée du poids des horizons heuristiques bloqués ou importés. Une des façons de Zinelabidine d’en parler, c’est la pluversalisation de la Tunisie pensée et vécue comme « esprit », « Zeitgeist » (l’esprit du temps), « présence au monde », etc à (im)penser. Cet aspect « pluriversel » ou cet « esprit » ou encore cette Tunisianité comme « présence au monde » ne nous semblent pas abordés, sur le plan des idées, par l’intellectualité subméditerranéenne, par exemple, intéressée par l’anthropologie philosophique, l’épistémologie « décoloniale », l’esthétique, l’éthico-politique, perçues et mobilisées par Mohamed Zinelabidine à partir d’une pensée holistique acentrée. »

 

Ces ouvrages précités ont été présentés, analysés et loués, à travers nombreuses universités du monde, pour leurs audace, véracité et résonnance singulière. Ils ne dérogent point d’exprimer une pensée complexe, voire labyrinthique, des fois confuse, dédaléenne, embrouillée, emmêlée et enchevêtrée par le cours de la culture qui en est au cœur, en vue d’une analyse herméneutique et maïeutique des contextes géopolitiques, sociologiques, poïétiques, coenesthésiques, génésiques et philosophiques adjacents. Pour l’auteur, l’Occident ne devra jamais occulter que la Tunisianité a imprimé l’histoire universelle, depuis les Carthage (s), les Carthagène (s) qu’elle a offertes au monde. Il suffit d’en découvrir la carte géographique ou d’apprécier « Didon et Enée », un chef d’œuvre de la musique baroque qui en porte un témoignage indélébile. Mais avant Carthage, depuis des milliers d’années, les Atériens de Nefta, depuis 100000 ans d’histoire, les Moustériens et l’Hermaion d’El Guettar, depuis 40000 ans, actuellement exposé au Musée National du Bardo, aussi les Capsiens, pour en arriver à Qart-Hadasht, la « Nouvelle » « Ville » en phénicien où l’appellation et les ramifications sont pérennes dans nombreux continents du monde.

      

Quant au dernier livre des deux collections, « Correspondances Edward Saïd et Mohamed Zinelabidine», il vient clore un labeur scientifique qui hésite sur les genres, parcourant plus de trente ans d’art, d’enseignement supérieur et de recherche. Deux collections livresques « Hypothesis », ponctuées par « Trialogue Francis Fukuyama /Mohamed Zinelabidine/ Samuel Huntington » qui anticipe déjà, selon l’auteur, sur l’advenir, et traite, dans les sept ouvrages arborés, d’un « impensé » décliné en temps philosophique, sociologique, poïétique, politique, génésique, coenesthésique, afin d’interroger l’incompris dans le rapport occidental-arabe, plus généralement, le rapport occidental-oriental, à la fois historique et civilisationnel. Comment y établir un pont probant, dès lors qu’il est des convictions que l'on ne peut se résoudre à passer sous silence ? L’ouvrage présent en porte et en emporte, troisième d’une collection, ayant pour thématique « Trialogue André Malraux/ Mohamed Zinelabidine/ Edward Saïd ». L’auteur le dédie à Geneviève Clancy et Manfred Kelkel.

 

Philosophe et poétesse française, Geneviève Clancy est disciple de Gilles Deleuze. « J’ai eu le plaisir de la côtoyer, avoue Mohamed Zinelabidine, d’apprécier ses uvres et ouvrages dont s’éclaircissent une érudition saillante et un humanisme rutilant. Correspondances que j’ai eues, également, avec Manfred Kelkel, autour des médiations, sur le pont des convergences entre le monde des idées et celui des sensibilités. Manfred Kelkel, est élève de Darius Milhaud, admirateur de Berlioz, passionné par les civilisations orientales et la culture arabe, historien de la musique et compositeur allemand de renom, auteur d’ouvrages de référence sur Scriabine, l’ésotérisme, il aura beaucoup aidé à l’éclosion d’une génération d’universitaires-chercheurs orientaux dont il dirigeait les thèses à la Sorbonne. Geneviève Clancy présidait, pour sa part et sans parti pris, un « Centre de recherche sur les Arts de l’Islam », à l’Université Paris-Vincennes. Tous deux incarnaient simplement ouverture, intelligence, bienveillance et curiosité aux cultures du monde, sans préjugé ni présomption. Ils me font penser à des écrivains, artistes, universitaires et intellectuels ayant beaucoup agi en faveur d’un Orient et d’un Occident apaisés, décomplexés, respectueux l’un envers l’autre, admirablement constructifs, remarquablement pacifiques, aux qualités nuancées et colorées. J’en cite René Passeron, Evelyne Andréani, Eliane Chiron, Costin Miereanu, Jacques Chailley, Edith Lecourt, Caroline Moricot, Françoise Brunel, François de Bernard, Gérard Pelé, Richard Conte, Jean-Paul Olive, Jean-Yves Bosseur, Jean-Marc Chouvel, Yvonne Flour, Serge Gut, Edith Wéber, Danièle Pistone, Nicolas Méeus, Louis Jambou, Joël Heuillon, Sylvie Bouissou, Jean Digne, Ludivine Allègue, Jean-Paul Minvielle, Jean-Claude Chabrier, Jean-Jacques Velly, Xavier Hasher, et j’en oublie … Cet ouvrage est un hommage à leur érudition, humilité et amitié, toutes ces décennies durant, pendant lesquelles une véritable amitié nous a liés, et davantage un destin partagé dans l’art, la science et les humanités. D'autant que ce faisant, cet ouvrage porte, incontestablement, une reconnaissance à leur engagement pour un monde de l’imaginal pluriel et de l’impensé recomposé. Leur sens de l’écoute, du travail commun, du détail, m’a souvent subjugué, et m’a rappelé l’édifiant travail de nombreux autres orientalistes sérieux, ayant marqué de leur érudition l’orientalisme lui-même, depuis les travaux d’Alexandre Christianowitsch, Jules Rouanet, Gaëtan Delphin et Guin…. Ce livre reprend donc des hypothèses que j’ai à cœur de (re)vérifier, et dont l’accent a déjà porté sur la philosophie, la sociologie, la socialité, la poïétique, la géopolitique…Mais pour cet ouvage, c’est l’imaginal esthétique qui m’habite et que j’aimerais tant solliciter, dans les énonciations des voix homophoniques et des temps poétiques, toutes composantes confondues, à la quête d’un Orient latent, enfoui, de surcroît, exalté et sublimatoire. »


Toujours selon l’auteur :

« D’emblée, il paraît inéluctable que l'approche transdisciplinaire préside aux destinées de tels écrits, dans leurs transfigurations herméneutiques et paradigmatiques, pour lesquelles elle forgera l’instrument, orientera le sens, et élaborera le symbole. Mais en revisitant cette récurrence permanente : « qui suis-je ? », il n’était plus vain de réinvestir ces quelques citadelles d’autrefois, autrement, par le biais des savoirs artistiques et littéraires, ceux d’un Orient inextricable, quoi que cette démarche n'ait pas à pâtir de l'inévitable décalage entre les contextes historiques et les éléments véhiculaires de leurs langages respectifs. « Alors qui suis-je et qu’est ce qui me définit? », ou devrais-je me définir moi-même, moi qui ai appris à conjuguer les extrêmes, à donner cohérence à l’improbable, et trouver sens à l’embrouillamini. Tunisien que je suis, mes ancêtres les Carthaginois, l’Afrique romaine d’un Mare Nostrum en guerre, les vestiges archéologiques sont témoins de cette grande cité devenue au VIIè.s., à Kairouan précisément, la capitale de l’Occident musulman, ensuite Mahdia capitale des Fatimides, au Xè.s., Tunis capitale des Hafsides, à partir du XIIIè.s., non sans omettre toutes ces confluences que cette terre a subies, orientales et occidentales, à la fois, depuis le XVIè.s. jusqu’au protectorat français, en 1881. Partant de cette interrogation permanente qui m’envahit, qu’est ce qui spécifie une identité, voire une personnalité culturelle pour un individu et un pays, si ce n’est le recours à l’histoire pour les définir ? L’arabité, pour certains, l’Islam, pour d’autres, l’Orient historique et pluriel, sont eux-mêmes des réalités relatives, tellement habitées par la nuance et la différence. Ce qui interpelle à leur interrogation, c’est, de surcroît, le cours d’une histoire qui les a montrées et cachées, portées et lâchées, outre cette problématique sous-jacente à l’identité transformative qui fait de leur référence aux langues ou aux religions des personnalités amovibles, en perpétuel changement, plutôt que des identités inébranlables, voire fixistes. Des questions qui se posent et s’imposent aux aléas des temps historiques, entre évolution, révolution et involution. Arabité, Islam et Orient pluriel face à l’occidentalisme, voilà des paradigmes qui existent, bel et bien, dans le regard de ceux qui se les représentent  ainsi, à leurs façons, au péril d’une méconnaissance vraie ou supposée du métalangage, aux sens équivoques et égarés, qui voudraient coller des noms, des emblèmes, des surenchères ou des exactions, autour de toutes sortes d’obscurantisme, d’extrémisme, de fatalisme, de fanatisme, de passéisme, ne pouvant épouser, ne serait-ce que par l’essai ou la détermination, un monde occidental évolutif, d’une certaine rationalité, modernité, postmodernité, ou hypermodernité, de manière irréversible, irréductible, insubmersible. Je n’entends pas ici occulter ces réalités, vérifiables par moment, ou sciemment exagérées, sur les cours d’une histoire à rebours, pour autant que ce soit justifiable, relativement ou partiellement, est-il pensable qu’on en fasse autant de certitude et d’affirmation ? Cet ouvrage se doit pour volonté d’aller chercher ailleurs, pour laisser raisonner, non sans faire résonner, des savoirs encyclopédiques orientaux et orientalistes, à la source de confluences et interactions entre orientalisme et occidentalisme, en dépit d’un quid pro quo certain, ayant souvent caractérisé l’entendement de ces mondes, sous le joug de la géopolitique. En même temps, quel inextricable et périlleux enjeu que de vouloir les démêler, étant souvent en conflit, et choisir, pour ce faire, d’embarquer dans les lettres et les arts orientaux, d’un point de vue orientaliste, pour y dénicher un sens à l’existence et à l’interprétation ! Alors cet ouvrage, traitant de l’orientalisme et de l’Orient, plus généralement historique, choisit d’aller à la croisée d’un silence, enfoui dans les caractères d’une philosophie analytique éprise d’impensé. Et pour étalon, un Orient-Occident pluriel, sous sa bannière imaginale et symbolique, depuis lors. Pour autant, cet ouvrage ne s’inscrit pas moins dans l’essai d’y répondre, par les faits historiques référés, y compris par le regard qu’en ont porté les orientalistes, et ce pour parer aux écarts injustes des conservatismes et hermétismes, de tous bords, quant à la pratique des arts et à la prépondérance de leurs fondements théoriques et conceptuels dans des sociétés qui en ont fait occultation ou mépris. Et si tenté qu'on soit en mesure de s’y égarer, il paraît inéluctable cet extraordinaire défi que de s’aviser, dans cette culture ancienne, ce que d’aucuns essaient de qualifier de rétrogrades, alors que les études et recherches l’ont approchée, aux sources d’un encyclopédisme interdisciplinaire d’une rare teneur et beauté, dans son essence textuelle psychologique et philosophique, et dédales historiques, interférences et convergences entremêlées. »


 Il y a lieu de trouver dans ce concept du grec μουσική [mousikē] un rapport avec λογoς, le logos, raison, connaissance, avant le monde antique et Pythagore, depuis l’hédonisme jusqu’à l’idéal éducatif, les mythes autour de la lyre et de la flûte, même en partie, quelques éléments d’approche autour d’un Orient imaginal et orientaliste. L’auteur revient ici à la mémoire pour affirmer ce qui suit : « Il y a lieu d’affirmer, à ce sujet, la contradiction des faits historiques qui nous est rapportée, et c’est tout l’intérêt de s’y risquer. Comment cet art pouvait-il donc parvenir à investir quelques citadelles dont une qui allait largement déterminer la conquête des autres, à travers les Pythagoriciens et l’harmonie, Damon d’Athènes et l’éthique, Platon, son quadrivium et sa philosophie ? Une manière de nous conjurer d'y réfléchir, soit le christianisme et le néo-platonisme médiévaux, saint Augustin et « la scientia bene modulandi », « la musica mundana », ensuite les théoriciens de la renaissance carolingienne, le développement de la pédagogie, sans omettre la théorie et la polyphonie. Sa philosophie soulève un véritable paradoxe, nul doute encore, le débat, de surcroît, sur les nouvelles approches autour de la théorie profane. D’autant que cette évolution des formes n'épargne pas plus cet art que ses expressions corollaires. On retrouvera plus tard, dans la Renaissance, l’humanisme et les premières luttes contre la polyphonie. Le réformiste, depuis ses avatars, devait constituer le ferment d'un clivage artistique et conceptuel, de même que nous pourrons y voir de surcroît Zarlino et le nouveau langage, une rationalité de l’œuvre différente, les rapports avec la parole. Galilei et la théorie des passions, pour arriver au Baroque et à la philosophie des lumières, le rationalisme cartésien que représente Leibniz, réconciliant sensibilité et raison, l’entendement rationaliste de Jean-Philippe Rameau et le sentimentalisme du cœur chez Jean-Jacques Rousseau, en plus de Diderot et le cri animal. De manière comparative, si on posait la question du paradigme ayant concouru à l’origine du Romantisme et ses poètes romantiques, Hegel et l’identité entre le sujet et l’objet, Schopenhauer, l’inconscient et l’art sonore comme une certaine image du monde, pour parvenir à la tragédie dans l’interface inversée entre Wagner et Nietzsche ? Elle se devait d’être, plus tard, dans l’analyse à l’époque du Positivisme, Hanslick définissant le beau, pour parvenir à la rupture esthétique et la crise du langage au XXè.s., Schönberg et le dodécaphonisme, les poétiques de l’avant-garde et l’irrationalisme, dans l’approche qu’en entend Enrico Fubini. Si tenté qu’on soit en mesure d’expliciter ces grandes orientations artistiques, philosophiques et esthétiques, il ne s’agit, en réalité, que d’idées motrices d’une traversée autrement plus longue et labyrinthique, aussi riche qu’hypothétique … Or, à comparer ces mouvements de l’esprit et du génie occidentaux, force est d’avouer qu’il n’en a pas été de même pour le monde arabe et musulman depuis le XVè.s. et la chute de Grenade en 1492, alors qu’il a représenté une révolution culturelle en son temps glorieux, son âge d’or, du VIII è. au XVè.s. De quoi me résoudre à l’idée que cet ouvrage hésite vraiment sur les genres, au point de recourir, en même temps, à ce qui me poursuit depuis toujours ; successions et ruptures de l’histoire, progrès et regrets, évolutions et involutions, mutations et changements, à la fois culturels et artistiques. Car par-delà le problème du langage, se pose la question de sa portée scientifique, sa reconnaissance, son statut. Il paraît inéluctable, jusqu’à aujourd’hui, et force est de croire qu’en dépit de ses versants analytiques, historiques, humanistes, systémiques, organologiques, philosophiques, linguistiques, la culture arabe n’échappe pas, comme c’est le cas de la culture occidentale, à ce constat que fait Régine Pietra: « …La musique a été appréhendée tantôt comme une science relevant des mathématiques, du nombre, de la combinatoire, donc de l’intelligible, tantôt comme un art, moyen d’expression du sensible. Ces deux grands axes traversent toute l’histoire de la musique, et l’on voit tantôt l’un tantôt l’autre prédominer sans toutefois qu’ils soient exclusifs l’un de l’autre. En d’autres termes, tantôt la musique est conçue comme un art formel, un agencement qui fait appel à l’intellect, que celui-ci reproduise un ordre mathématique qui est celui du cosmos - ainsi de la philosophie antique et de Pythagore en particulier, le premier philosophe qui ait parlé de la musique - ou encore qu’il soit en accord avec une Nature qui est harmonie mathématique - ainsi d’un musicien théoricien comme Rameau au XVIIIe siècle, Jean-Philippe Rameau, ou enfin qu’il obéisse à des règles strictes de construction formelle comme chez Édouard Hanslick; tantôt, au contraire, elle est conçue comme un art expressif, qui renvoie au sentiment, capable à la fois de susciter des passions violentes, guerrières, ou de les calmer, de conduire à l’ivresse ou d’adoucir les mœurs : la musique est d’abord ce qui touche le cœur, et la mélodie l’emporte alors sur l’harmonie : on trouvera certains échos de cette position chez Platon, mais surtout chez Rousseau, adversaire déclaré de Rameau ; chez Nietzsche aussi, selon elle. » Elle abonde ainsi dans ce qu’Enrico Fubini énonce dans son livre « Les philosophes et la musique » :

« Parmi tous les arts, elle est aussi celui qui renferme le plus d’aspects divers, qui soulève les questions les plus nombreuses, se présentant un peu comme un prisme où les formes entrevues diffèrent radicalement selon la position. En fait, au cours des temps, les philosophes ne sont pas les seuls à avoir cédé à son attirance. Dès l’antiquité grecque, toutes les catégories d’intellectuels se montrent intéressées par l’univers musical. Hommes politiques, philosophes, mathématiciens, astronomes, littérateurs, poètes et dramaturges, mystiques, pédagogues, nous ont laissé leurs réflexions sur cet art des sons, précisément par ce qu’ils trouvaient en elle un complexe d’éléments divers dont le point d’unité et de convergence figurait cependant dans le monde des sons, selon lui. »  Partant, parmi les moments qui ont scandé l’histoire, et en dépit les contextes culturels historiques et géographiques différenciés, continue de développer Mohamed Zinelabidine, la musique arabe et sa musicologie feront immuablement appel à l’histoire des confluences civilisationnelles dont la mythologie grecque qui a consacré Orphée et sa lyre, inspirateurs d’œuvres de Monteverdi, Rossi, Gluck, Darius Milhaud, Stravinsky, sans oublier Amphion également. Une forte influence de ces idées anciennes traversera les écrits philosophiques arabes, participant à régénérer le sens des arts, des lettres et de la pensée, autour de la musique. »

 

« Et c’est là que j’en arrive à Edward Saïd, écrit l’auteur, ses exclamations philosophiques, ses critiques de l’orientalisme, et sa ferveur pour la musique, dès lors que l’idée qui parcourt mes hypothesis, c’est d’interroger ce legs grec, ses ressemblances et dissemblances, ses convergences et divergences, ses influences et confluences, au regard de la culture orientale qu’inspiraient, en ces temps, l’arabité et l’Islam civilisationnel, depuis le VIIè.s.  Il en est ainsi pour cet ouvrage, à supposer qu’il soulève quelques paradoxes, qu’il soit un manifeste pour une intelligence commune, tentant de retrouver dans l’histoire des humanités et des communautés des liens recomposés, plutôt que des ruptures avérées. J’aimerais qu’il devienne un eulogia, du grec, un éloge à l’humanisme, à l’art, à la science, aux lettres, à la poésie sonore, tels que sublimés par la musique et les musiciens. J’aimerais que cet ouvrage croise des acceptions nées des expressions philosophiques, de hasard et de volonté, et porte un eulogia à l’esprit de confluentia, en latin, confluence à l’ancienne pour cet Orient pluriel, tel qu’il fut, à partir du XIIIè.s. Un eulogia qui a fait de « l’Être » une lettre philosophique, du grec ancien φιλοσοφία, pour dire φιλεῖν et aimer, sophia σοφία, pour signifier la sagesse, le savoir. Une philosophie non sans sa lettre esthétique, du grec αίσθησιs, aisthesis qui veut dire beau et sensation. Et une poïétique, ποίησις poíēsis, genèse et création. Tous ces ports étaient réunis et énoncés ensemble, par le truchement des mondes oriental et occidental, réunis, depuis lors, dans les arts, les sciences gréco-arabes et le péripatétisme. Il faudrait que cet ouvrage n’ait qu’une seule âme pour marcher vers ce grand but qui est la reconnaissance de ce qui lie et réunit les humains, depuis leur singularité propre, qu’elle soit linguistique, religieuse ou culturelle. Une seule âme pour marcher vers ce grand but qu’est la dénonciation de toute discrimination culturelle et omission abusive et délibérée des histoires singulières, y insiste-t-il. »



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